Hosni Moubarak est mort au Caire à l’âge de 91 ans. Retour sur le parcours de l’homme qui a régné sur la maison Egypte durant trois décennies
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Janos Fernandez
mercredi 26 février 2020 Dernière mise à jour le Mercredi 26 Février 2020 à 08:22

Le parcours d’Hosni Moubarak a quelque chose de pathétiquement humain, d’involontairement tragi-comique dans son déroulement et n’eut-il conduit aux massacres de la Place Tahrir de janvier 2011, il serait sans doute resté de lui l’image d’un dirigeant ni bon ni mauvais et à l’étonnante longévité politique.

 

Fils de petit fonctionnaire, de ceux qui alimentent l’effectif de la classe moyenne travailleuse et conservatrice, Moubarak fait sa carrière dans l’ Armée de l’air dont il gravit les échelons à force de travail entre 1947 et 1975 pour finir commandant.

Son parcours croise celui d’Anouar El-Sadate qui le nomme vice-président en 1975 suite à ses actions et sa loyauté dans la guerre d’octobre 1973 contre Israël. Il reste dans l’ombre du président El-Sadate alors que ce dernier rompt avec l’URSS et fait la paix avec Israël.

Lorsqu’Anouar El-Sadate est assassiné avec la plus grande partie des hauts responsables dans un attentat des Frères musulmans le 6 octobre 1981, il est désigné comme remplaçant naturel après plébiscite du Parlement le 13.

Ses premières annonces : châtier les extrémistes islamistes et respecter le traité de paix avec Israël. Dès sa prise de fonction, les assassins de Sadate sont exécutés et les membres de leur réseau emprisonnés. Ces derniers seront par la suite envoyés mener la guerre sainte contre les soviétiques en Afghanistan. Mais il accorde trop de latitude à ceux ayant fait voeu de renoncer à la violence et laissera les Frères musulmans étendre leur influence sur la société égyptienne.

Succédant à Nasser et Sadate, il fait pâle figure mais sa bonhomie et ses manières simples séduisent une population aspirant à la stabilité ainsi que les dirigeants occidentaux sans doute soulagés d’avoir un interlocuteur moins agité que ses prédécesseurs.

Jusque dans les années 90 Moubarak sera mis au ban de la Ligue arabe suite au traité de paix avec Israël et, comme à son habitude, il travaillera patiemment à sa réintégration notamment en accueillant Yasser Arafat expulsé du Liban en 1983 et en soutenant l’Irak en guerre contre l’Iran entre 1980 et 1988. Il scelle ce retour en grâce en dénonçant l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990.

A contrario, son attitude neutre-froide avec Israël lui vaudra un rôle d’intermédiaire entre israéliens et palestiniens apprécié par les Américains mais de plus en plus désavoué par ses citoyens.

Parallèlement, la situation intérieure se dégrade rapidement suite au retour des intégristes d’Afghanistan et la décennie sera marquée par une montée des attentats et de la répression. L’attentat manqué contre sa personne en 1995 et le massacre de Louxor en 1997 mettent à mal l’économie reposant sur le tourisme.

La répression massive semble porter ses fruits mais les frappes d’Al-Qaida en 2004 viennent prouver le contraire. Et en 2005 les Frères musulmans décrochent 88 sièges de députés, entérinant le manque de vision d’un homme qui n’a su endiguer l’islamisation de la société.

Les échecs semblent marquer la suite de son parcours. Le maintien de l’état d’urgence avec son cortège de musellement de la presse et d’abus de pouvoir de toutes sortes donne tout pouvoir à une police de plus en plus puissante notamment face aux militaires qui ont été un soutien tout au long de ces années.

Sa famille se regroupe autour du chef d’état et il devient un souverain passéiste entouré de courtisans, aveugle et sourd aux mouvements de la société et notamment de la jeunesse. Cette dernière, écoeurée notamment par l’enrichissement de Gamal, fils cadet d’Hosni Moubarak et de ses suivants et lasse d’un marché incapable de les employer malgré le tourisme triomphant et la découverte de gaz naturel, finira par exploser.

Le 25 janvier 2011, la jeunesse investit la place Tahrir après s’être organisé sur les réseaux sociaux. Ce mouvement aboutira, au terme de plus d’un millier de morts et de 9000 blessés à la condamnation à perpétuité pour Hosni Moubarak le 2 juin 2012 puis son acquittement et sa libération en mars 2017.

Maigre consolation sans doute pour cet homme affaibli, usé, qui, se voulant « père tranquille »,  a sans doute passé à côté de l’histoire en maintenant une ligne résolument moyenne et qui n’a su écouter le bruit de la rue avant qu’il ne soit trop tard…

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