Le Hirak algérien en débat à l’Institut du Monde Arabe : Introspection d’un soulèvement inscrit dans la durée
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Rédaction Ecomnews Med
mercredi 26 février 2020 Dernière mise à jour le Mercredi 26 Février 2020 à 08:19

Un an après avoir forcé le président Bouteflika à renoncer à briguer à cinquième mandat, les algériens manifestent toujours pour le départ du système. Leur principal atout : le pacifisme.

 

L’Institut du Monde Arabe a abrité le 20 février, dans le cadre de ses  rencontres thématiques hebdomadaires, une soirée débat sur le Hirak (soulèvement) en Algérie avec la participation de José Garçon, ancienne journaliste de Libération, spécialiste de l’Algérie, Habib Souadia, auteur de La Sale Guerre et ancien officier des forces spéciales de l’armée algérienne et François Gèze membre du site d’information Algeria Watch et ancien directeur des éditions La Découverte. Ecomnews Med y était présent.

Francois Gèze a saisi l’occasion, pour présenter un ouvrage intitulé : « Hirak en Algérie, l’invention d’un soulèvement »,   paru aux éditions La Fabrique.

Ce livre dont il a assuré la codirection réunit les comptes rendus et les témoignages de journalistes algériens qui ont suivi les évènements sur place et les contributions de spécialistes, algériens et français, de l’actualité algérienne.

Comme le livre, le débat  de l’IMA est revenu sur la genèse du Hirak. Il a surtout exploré les raisons pour lesquelles les algériens continuent à manifester massivement, une année après avoir fait tomber le régime du président Bouteflika et les effets de cette dynamique sur le système politique et militaire en place.

Pour François Gèze, le Hirak algérien est « un mouvement extraordinaire et unique dans l’histoire contemporaine ». « Nous n’avons jamais vu dans aucun autre pays du monde, la majorité de la population descendre chaque semaine dans la rue, de manière pacifique, avec vigueur et lucidité, pour dénoncer un régime oppresseur pendant aussi longtemps » a-t-il souligné.

Qualifiant le Hirak de séisme, José Garçon a pour sa part,  fait remarquer que c’est la première fois que les algériens manifestent avec autant d’obstination, leur révolte contre l’ordre établi.

Les gens, a-t-elle dit, s’exprimaient auparavant soit par une forme de résignation, entretenue par une décennie de guerre civile, soit par des émeutes sporadiques mais localisées et éphémères.

« Le hirak a transformé le désespoir individuel en désaveu collectif du régime », a observé la journaliste, rappelant que le pouvoir algérien s’est employé durant les dernières décennies à « casser toute velléité d’organisation de la société ».

Selon José Garçon, la réappropriation de l’espace public et de l’histoire du pays a été opérée par le bas. Elle est aussi le fait de jeunes nourris par les récits et les frustrations de leurs parents.

« Le Hirak algérien a réussi une inversion des rôles. Les jeunes se revendiquent comme des libérateurs dressés contre ceux qui ont usurpé leur titres de héros de la guerre d’indépendance pour arriver et se maintenir au pouvoir », a-t-elle expliqué.

Dans sa description du régime, Francois Gèze a justement fait référence à la notion de légitimité historique, sur laquelle a été fondée la vision totalitaire du système politique algérien.

L’ex président Abdelaziz Bouteflika a selon lui, entrepris dès son arrivée au pouvoir en 1999, à construire, avec l’aval de l’armée « une façade civile de l’État pour faire illusion au niveau international » et détourner les regards sur « des généraux criminels ».

 

Qualifiant le système Bouteflika d’imposture, l’ancien directeur de La Découverte, a mis en relief tous les outils qui ont été utilisés par l’État pour affaiblir la société civile. Les mêmes méthodes (désinformation, manipulation, clonage de mouvements d’allégeance…) ont servi, d’après lui, à attaquer le Hirak.

Dans sa prise de parole, Habib Souadia a surtout évoqué la responsabilité de l’armée qui reste encore, selon lui, au centre de la décision politique en en Algérie.

« Les algériens qui sortent aujourd’hui dans la rue ont compris que le pouvoir est aux mains des militaires », a fait remarquer l’ancien officier des forces spéciales, décrivant une caste corrompue et sanguinaire.

Clôturant les interventions, José Garçon a indiqué que l’armée a élu un nouveau président, Abdelmadjid Tebboune le 12 décembre dernier, pour s’offrir une nouvelle vitrine civile. 

« Le pouvoir peut penser qu’il va gagner du temps en essayant de fragmenter le mouvement populaire. Mais cela ne semble pas possible. Donc, il y a réellement de l’espoir », a souligné la journaliste.

 

Par Samia Lokmane en direct de Paris pour Ecomnews Med

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