L’Occident est-il en voie de « libanisation » ? Zoom sur la réflexion développée par l’économiste Nicolas Bouzou*
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Janos Fernandez
vendredi 28 février 2020 Dernière mise à jour le Vendredi 28 Février 2020 à 08:38

Dans un article intitulé « Ce que l’Occident peut apprendre du Liban » paru dans Les Echos le 11 février dernier, Nicolas Bouzou prend l’exemple du Liban pour illustrer les dangers économiques auxquels les pays occidentaux peuvent se trouver confrontés dans les années à venir.

 

En faisant le choix de ce parallèle, l’économiste prévient d’emblée contre le pessimisme et l’alarmisme et défend une thèse qui refuse le déterminisme ou l’inéluctabilité du déclin.

L’exemple du pays au cèdre est ici pris comme illustration des dangers liés aux politiques publiques défaillantes. Est ici notamment soulevé la question des déficits de la balance courante et du déficit public qui atteignent respectivement 30% et 10% du PIB. L’endettement qui en résulte est due à l’incapacité chronique du pays à générer des revenus suffisants pour le rendre solvable. Avec pour conséquence une désindustrialisation et des exportations inexistantes ayant pour conséquence un taux de chômage de 30% dans la population active.

L’endettement conjugué à une tradition de corruption empêchent le développement des infrastructures et des services publics. A cette base économiquement néfaste s’ajoutent les inégalités et l’inexistence d’un ascenseur social qui permettrait au tiers de la population vivant sous le seuil de pauvreté d’accéder à une situation meilleure.

De même, ces inégalités se retrouvent dans la géographie et la communautarisation aggravées par l’arrivée d’un million et demi de réfugiés syriens. A ces pressions s’ajoutent un gouvernement Frankenstein, assemblage religieux inefficace et traversé de conflits internes.

Comme il est possible de l’imaginer, le terrain est propice au développement des populismes. Ici c’est la Banque Centrale qui tient le rôle du travailleur mexicain ou du technocrate bruxellois destructeurs de la classe moyenne…

Et pourtant de même que Donald Trump fait payer les conséquences de son protectionnisme à la middle class ou que l’Europe se distingue par son absentéisme face aux demandes des citoyens et non par son attaque sur les souverainetés nationales, la Banque du Liban n’est pas le diable et  réussit même à maintenir la parité avec le dollar américain et a garder vivants les flux financiers entrants.

On le voit, il est aisé en Occident ou au Liban de désigner des cibles faciles mais cela ne résout rien.

Mais dans les deux cas, les actions à mener demandent espoir et vision globale. Investissement technologique, dans les services publics et l’éducation, refus du communautarisme, liberté des institutions indépendantes. Ces principes seuls permettront d’éviter la libanisation de l’Occident et au Liban de reprendre sa place dans le jeu des nations.

 

* Nicolas Bouzou est un essayiste français libéral spécialisé dans l’économie. Il a été pendant six ans analyste en chef de l’institut de prévisions Xerfi. En 2006, il fonde le cabinet de conseil Asterès. Contributeur régulier pour Le FigaroLes Échos, le Financial Times (Royaume-Uni) et Le Temps (Genève) il est également éditorialiste à L’Express

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