Covid-19 : Comment l’Algérie gère politiquement cette crise sanitaire ? Analyse de José Garçon 
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Denys Bédarride
mardi 21 avril 2020 Dernière mise à jour le Mardi 21 Avril 2020 à 06:19

José Garçon, journaliste et membre de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean-Jaurès, analyse « l’aubaine » qu’est pour le régime algérien la crise sanitaire liée au Covid-19. Celle-ci permet, en effet, aux autorités de ne pas apporter de réponses au Hirak, mouvement qui a décidé et qui a dû suspendre sa mobilisation.

 

Conspué par la rue, le régime algérien a pu nourrir une première fois, le 12 décembre 2019, le sentiment d’avoir « réussi son coup » en faisant passer en force « son » élection présidentielle. Mais il se heurtait depuis à la même impossibilité : mettre fin au Hirak, cette insurrection populaire exemplaire par son pacifisme, son ampleur et sa maturité. Un fléau moyenâgeux aura obtenu ce que les « décideurs » militaires n’osaient plus espérer : mettre fin aux marches hebdomadaires du Hirak qui, depuis plus d’un an, exigeaient un « changement de système ». Donnant là une énième preuve de sagesse et de conscience politique, c’est le Hirak lui-même qui a décidé de suspendre ses rassemblements alors même que nombre de militants étaient persuadés, dans un premier temps, que le virus était une « fabrication du pouvoir pour casser » le mouvement.

Les « décideurs » auraient toutefois tort de se réjouir de l’aubaine. Avec le Covid-19, le régime doit aujourd’hui gérer un séisme sanitaire majeur dont le coût humain risque d’être dramatique compte tenu du délabrement du système de santé : vétusté et dégradation des hôpitaux, manque criant de moyens (400 lits en réanimation pour une population de 43 millions d’habitants, pénurie de moyens de protection pour les soignants), hygiène défaillante, personnel soignant insuffisant et sous équipement des laboratoires hospitaliers, dont rares sont ceux qui peuvent assurer les test de dépistage faute de répondre aux normes de sécurité indispensables… 

Mise à nu par le Covid-19, cette incurie est dénoncée depuis vingt ans, à coup de grèves à répétition, par médecins et internes des hôpitaux dont la mobilisation fut même l’un des moteurs du Hirak. On comprend dans ces conditions le malaise crée par la visite du Premier ministre algérien à l’hôpital de Blida : les combinaisons médicales lourdes et les masques dans lesquels Abdelaziz Djerad et son entourage étaient emmitouflés tranchaient singulièrement avec la simple blouse protégeant médecins et personnel hospitaliers !

Seuls les hôpitaux militaires, dont celui d’Aïn Naadja à Alger, échappent au délabrement généralisé. Ces structures semblent même avoir récupéré l’aide matérielle, l’équipe médicale de 21 personnes et les médicaments chinois arrivés le 27 mars en Algérie.

Le péril sanitaire agit en effet comme le révélateur d’une crise qui est aussi politique, économique et sociale. « L’Algérie est capable de résister à l’impact de cette crise sanitaire et pétrolière », répète le gouvernement au moment où le pays s’achemine vers une zone de tempête économique.

À elle seule, celle-ci exige de sortir de l’impasse politique actuelle pour aller vers une démarche de réconciliation et créer du consensus national. On en est loin au vu du durcissement sécuritaire observé à l’ombre du Covid 19.

 

L’intégralité de son analyse 

 

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