Tunisie : Quelle est la situation alimentaire du pays ? Peut-elle assurer son autonomie alimentaire ?
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Denys Bédarride
vendredi 5 juin 2020 Dernière mise à jour le Vendredi 5 Juin 2020 à 14:38

Parmi les problèmes engendrés et démontrés par le coronavirus à l’échelle internationale, figurent les perturbations survenues au niveau des chaines de distribution alimentaire qui ont touché directement le quotidien de milliers de personnes partout dans le monde.

Ainsi la Tunisie a, elle aussi, été impactée à plusieurs niveaux par la pandémie qui sévit depuis plusieurs mois. Selon plusieurs intervenants que l’Agence Anadolu (AA) a rencontrés ces dernières semaines, la crise alimentaire pourrait être plus sévère que la crise sanitaire.

 

Notre correspondant est parti à la rencontre des agriculteurs et agricultrices de la Manouba, Gabes, ainsi que de Kairouan et Gafsa, où chacun lutte à sa manière afin de parer aux difficultés à venir.

 

La graine de la Bénédiction

 

“Au nom du Peuple,

Nous, Habib Bourguiba, Président de la République Tunisienne.

L’assemblée Nationale ayant adopté, promulguons la loi dont la teneur suit :

ARTICLE PREMIER. — A compter de la promulgation de la présente loi, la propriété des terres à vocation agricole ne peut appartenir qu’à des personnes physiques de nationalité tunisienne ou à des sociétés coopératives constituées dans les conditions prévues par la loi N° 63-19 du 27 mai 1963 (4 Moharrem 1383).”

 

Cela fait 56 ans, que ce texte de loi a naturalisé les terres agricoles Tunisiennes. Face à cette loi, les colons français n’avaient que deux possibilités : demander la nationalité tunisienne ou abandonner leurs fermes et domaines agricoles et quitter la Tunisie. Ainsi, et suite à la bataille d’évacuation de Bizerte, l’évacuation agricole est considérée comme le point culminant sur la voie de l’indépendance nationale.

 

Une indépendance dépeinte par Hassan Chtioui, agriculteur autodidacte : ‘’La France est venue en Tunisie sous prétexte de protection qui s’est transformée en colonisation et puis elle a confisqué les meilleures terres de la Tunisie, et quand elle les a quittées, elle nous a laissé des graines hybrides qui se vendent jusqu’à aujourd’hui et a confisqué nos graines autochtones”.

 

Comme son père qui a combattu le colonisateur, aujourd’hui Hassan mène une bataille contre les semences hybrides, tenant fièrement dans sa main un épi de blé qu’il a baptisé “graine de bénédiction”, compte tenu de son fort rendement, selon lui une seule graine est capable de produire 194 épis. Il avoue l’avoir trouvée par hasard dans le domaine hérité de son père :

 

“Je la considère comme un miracle, un don de Dieu. Je l’ai trouvé ‘sauvage’ et j’ai décidé de la conserver et de la reproduire. Je suis en train de lui préparer un ‘extrait de naissance’ pour la présenter au ministère de l’agriculture tunisienne, afin qu’elle puisse circuler librement sur le marché local”.

 

Pour M. Hassan, l’intérêt de cultiver la ‘’graine de la bénédiction’’ et les autres semences locales et autochtones pourra dans les quatre ans à venir, couvrir la totalité des superficies arables allouées à la plantation de céréales.

 

Publié le 30 avril de cette année, un rapport du Système Mondial d’Information et d’Alerte Rapide (SMIAR) de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), affirme que les importations de céréales de la Tunisie pour l’année 2020/2021 observeront une augmentation de 20% par rapport à la saison précédente. La FAO prévoit une production proche de 1.5 million de tonnes pour cette année.

 

A noter que l’année dernière la récolte a atteint un niveau historique de 2.4 millions de tonnes.

 

“Avec une production de 1500 tonnes, deux cents sont réservées pour les semis de l’année prochaine et les machineries usées laissent sur terre environ trois cents tonnes au moment des récoltes, et nous arrivons à 1000 tonnes alors que les besoins annuels de la Tunisie varient entre 3.6 et 4 millions de tonnes”, alerte Hassan.

 

Et d’ajouter : « Avant le pétrole, de nombreuses guerres ont eu lieu à cause du blé, aujourd’hui, dans le contexte de fermeture des frontières et l’arrêt des exportations de céréales par certains exportateurs historiques, la monnaie et même l’or perdront de leur valeur.

 

Dans un futur proche le citoyen fera face à une pénurie d’eau et d’alimentation, c’est pour cela qu’on doit prendre des mesures urgentes, notamment entretenir les lacs et les barrages, moderniser et renouveler les réseaux d’irrigation, revenir à nos pratiques ancestrales de stocker des provisions (Oula), diminuer le gaspillage alimentaire des ménages, supporter les agriculteurs pour produire les différents types de blé. Consacrer 200 mille hectares des champs de blé irrigués nous sera suffisant même pour devenir un pays exportateur”.

 

‘’J’ai déjà lancé des appels pour changer la méthode utilisée pour semer le blé, que ce soit à la volée ou bien machinalement, dont le taux de pertes est élevé. On doit opter aux semis graine par graine. 1000 mètres carré par ménage serait suffisant pour son autosuffisance, la quantité d’eau que la Tunisie gaspille dans d’autres endroits et secteurs est capable de garantir deux fois l’autosuffisance céréalière.’’

 

Hassan, passe sa journée dans sa ferme inspectant les différentes graines autochtones qu’il expérimente, observe le comportement de certains épis face à des sècheresses et aux maladies fongiques des céréales et dont il assure que les semences locales sont beaucoup plus résistantes faces à ces problèmes.

 

Dans ses heures libres, Hassan enchaîne les publications sur les réseaux sociaux afin d’expliquer, transmettre et interagir avec d’autres agriculteurs et chercheurs, tous soucieux de l’importance et de l’urgence de mener des réformes agricoles structurelles.

 

Source Agence Anadolu

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