Liban : L’implosion économique est actée, l’oligarchie en place essaie de sauver ses privilèges sous les yeux d’une population lassée
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Janos Fernandez
lundi 27 juillet 2020 Dernière mise à jour le Lundi 27 Juillet 2020 à 07:24

Depuis la conférence Cedre (Conférence économique pour le développement du Liban par les réformes avec les entreprises) organisée en 2018 et dont l’aide n’a jamais été débloquée faute des réformes nécessaires au financement, le pays s’est enfoncé dans le marasme économique et social fruit de pratiques financières d’une oligarchie faisant tourner à vide un système marqué par la corruption et les petits arrangements entre amis.

 

Aux origines de la situation actuelle, l’endettement issu de la reconstruction après la guerre civile 1975-1990.

Pour revitaliser un économie ravagée par le conflit, le Liban s’est concentré sur le tourisme et les investissements issus de pays du Golfe, eux mêmes tributaires des marchés pétroliers, secteur notoirement dépendant du contexte politique et sécuritaire international. Exacerbée par un clientélisme et une corruption endémique, la reconstruction a abouti à des services publics déliquescents (l’électricité a ainsi englouti la moitié de la dette entre 2008 et 2017 selon la Banque mondiale) et à une dette publique atteignant 170% du PIB à l’heure où ces lignes sont écrites.

Il faut rajouter à cela une indexation au dollar maintenue depuis 1997 à 1507 livres par dollar. Or depuis 2019 la pénurie de dollars et les restrictions sur les opérations bancaires n’ont fait que déprécier la livre libanaise qui a finalement atteint sur le marché parallèle un taux de 4000 pour 1 en avril 2020.

A ce système artificiel et largement gangréné sont venus s’ajouter des crises politiques en succession rapide depuis 2005 : assassinat du président Rafic Hariri, division entre deux camps pro ou anti Syrie et Hezbollah, ayant entraîné attentats et une vacance présidentielle entre 2014 et 2016.

Les conséquences pour les Libanais sont bien entendu dramatiques, flot incessant de licenciements, de fermetures de magasins, d’inflation ingérable sur les produits quotidiens…Actuellement plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté et a fait connaître son mécontentement dans la rue depuis septembre 2019, demandant le départ de la classe dirigeante.

Mais même là, l’essoufflement se fait ressentir et les Libanais ne perçoivent plus de solutions à leur situation.

Le dernier recours possible est la mise en place d’un accord avec le FMI.

Mais là encore rien n’est simple, car l’intervention internationale n’est envisageable qu’au prix d’une remise en ordre structurelle du pays. Or l’oligarchie en place fait tout son possible pour ralentir et bloquer le processus afin de conserver ses privilèges durement volés…

Ainsi les sommes « disparues « du système bancaire sont estimées à 85 milliard $, ce que conteste avec véhémence la Banque centrale du Liban. L’association des banques a d’ailleurs refusé la restructuration financière proposée par le FMI et l’Etat. Par ailleurs, les réformes envisagées nécessitent un vote du Parlement, qui devrait intervenir dans les jours qui viennent.

Mais là encore, la situation politique devrait compliquer l’avancement des réformes, sachant que le gouvernement actuel est soutenu par le camp du Hezbollah mais ne bénéficie d’aucun réel soutien populaire. Vaste tâche donc que de réunir les factions autour de l’intérêt de la nation…

20 milliards $ du FMI sont pourtant en jeu, mais même les représentants de cette institution pourtant connue pour sa réserve ont déjà exprimé leur lassitude. Ainsi la directrice Kristalina Georgieva a indiqué qu’aucune avancée dans les négociations n’a été enregistrée. Deux négociateurs libanais ont abandonné les pourparlers, le directeur général des finances du pays a démissionné fin juin.

En première ligne du dossier pour la France, dont l’influence est amoindrie par la crise, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est rendu au Liban pour officialiser un soutien financier aux écoles francophones, traditionnel soutien au rayonnement de la France dans la région.

On se souvient que ce dernier s’était adressé aux dirigeants libanais le 8 juillet par ces mots prononcés au Sénat : « Aidez-nous à vous aider, bon sang! ». Cette phrase exprime bien le niveau de tension et de désarroi que provoque la situation au plan international.

Quant aux Libanais eux-mêmes, ils semblent à bout de forces, la contestation dans la rue s’amenuisant de plus en plus de même que leurs espoirs et leur nourriture, alors que leurs dirigeants essayent de garder la meilleure part d’un gâteau qui a alimenté les mêmes convives depuis plus de vingt ans.

 

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