L’Irak a connu en 2025 l’un des plus graves épisodes de sécheresse de son histoire. Les réserves en eau, affectées par des faibles précipitations et un débit réduit dans les deux principaux fleuves du pays, s’établissaient à l’été à 10 milliards de m3, soit le plus bas niveau depuis 80 ans et bien en-deçà des niveaux requis.
Conséquence du changement climatique, cette situation de stress hydrique est aggravée par le contexte géopolitique.
La grande majorité des ressources hydriques irakiennes provient du Tigre et de l’Euphrate, ce qui rend l’Irak tributaire des pays en amont que sont la Turquie et l’Iran. Or ces deux pays ont multiplié la construction de barrages au cours des dernières décennies, qui constituent un moyen de pression à l’encontre de l’Irak.
Un accord entre Bagdad et Ankara permet depuis 2024 une répartition des eaux plus favorable, mais sans remettre en question la situation de dépendance extérieure qui caractérise l’approvisionnement irakien en ressources hydriques.
La faiblesse des quantités d’eau disponibles est d’autant plus problématique que la gestion de ces ressources s’avère défaillante.
Les sous-investissements historiques, en particulier dans le sud du pays, et les décennies de guerres et de sanctions économiques ont détérioré les infrastructures irakiennes, alors que l’Irak disposait au début des années 1980 de l’un des meilleurs réseaux d’eau dans la région.
Ce réseau est aujourd’hui caractérisé par d’importantes disparités entre les centres urbains, qui bénéficient d’un accès à l’eau de 94 % selon le PNUD, et les zones rurales où ce taux ne dépasse pas 60 %. Par ailleurs, l’eau en circulation est fortement polluée, les eaux usées étant massivement déversées dans le Tigre et l’Euphrate, avec des capacités d’assainissement très faibles.
La consommation d’eau laisse également à désirer
L’agriculture, qui représente environ 80 % de la consommation d’eau du pays, emploie des systèmes d’irrigation désuets qui affichent jusqu’à 50 % de pertes. L’industrie pétrolière est très consommatrice dans la phase de forage, avec 1,3 à 1,5 baril d’eau utilisé pour 1 baril de pétrole.
Les autorités irakiennes sont conscientes de la gravité de la situation et ont commencé à revoir à la hausse les dépenses consacrées au secteur de l’eau.
Celles-ci sont passées de 1,9 % des dépenses fédérales totales en 2007 à 4 % aujourd’hui, soit 1,8 % du PIB. Par ailleurs, une stratégie nationale sur la protection et l’amélioration de l’environnement (2024-2030) a été adoptée en 2024 qui comporte plusieurs objectifs liés par exemple à l’assainissement de l’eau ou à la désalinisation.
Dans ce contexte, le recours par l’Irak au savoir-faire français dans ce domaine pourrait être amené à s’accroître.
Plusieurs projets font déjà intervenir des acteurs français. L’AFD a lancé deux prêts-projets de modernisation du réseau d’assainissement de l’eau dans l’Anbar (Al-Khalidiya) et dans le sud (Al-Hamza). OTV, filiale de Veolia, a fourni la technologie critique et exploite l’une des plus grandes centrales de traitement d’eau du pays, à 20 km au nord de Bassora.
TotalEnergies investit dans le traitement d’eau de mer pour développer l’injection de celle-ci dans les puits de pétrole, avec pour objectif de contribuer à réduire l’utilisation des ressources fluviales par l’industrie pétrolière.
Source Ambassade de France à Bagdad





















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