#Alimentation #Exportation #TURQUIE
Fiona Urbain
vendredi 13 février 2026 Dernière mise à jour le Vendredi 13 Février 2026 à 12:15

Géant incontesté des noisettes avec 70% de la production mondiale, la Turquie a enregistré 2,26 milliards de dollars d'exportations en 2025, malgré une récolte catastrophique tombée à 500 000 tonnes, soit une chute de 30% par rapport à 2023. Cette filière vitale, qui fait vivre 500 000 familles sur les rives de la Mer Noire, illustre les fragilités d'une économie agricole trop dépendante d'un seul produit et d'un climat capricieux.

Depuis des décennies, la Turquie règne sur le marché des noisettes. En 2023, elle a produit 684 000 tonnes sur près de 740 000 hectares, avec un rendement moyen de 926 kilos par hectare, éclipsant l’Italie (85 000 tonnes) et les États-Unis (70 000 tonnes). Les exportations, dirigées vers 122 pays, ont généré 2,6 milliards de dollars cette année-là, dont 1,32 milliard rien que depuis la région Est-Mer Noire. L’Allemagne absorbe 27% du volume (615 millions de dollars), suivie de l’Italie à 19% (433 millions) et de la France à 6% (127 millions).

Ferrero, géant du Nutella, représente à lui seul 30% des expéditions turques depuis l’acquisition d’Oltan en 2014. L’Association des exportateurs de la Mer Noire orientale (DKİB) souligne que 90% de la production provient de cette zone resserrée – Giresun, Ordu, Trabzon –, où chaque famille tire en moyenne 5 000 dollars par an de ses deux hectares de vergers.

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La crise de 2025 : un cocktail de gel et de sécheresse

Mais 2025 marque un tournant brutal. La production a plongé à 500 000 tonnes selon les estimations moyennes – 453 000 tonnes pour la Bourse des produits agricoles de Turquie (TMO), 449 000 pour le ministère de l’Agriculture –, minée par un gel printanier dévastateur et des sécheresses estivales. Résultat : un rendement effondré à 676 kilos par hectare (-27%) et des prix mondiaux en hausse de 50%, culminant à 12 euros le kilo.

Cette récolte, la plus faible en cinq ans après un pic à 717 000 tonnes en 2024, révèle les vulnérabilités structurelles : irrigation limitée à 20% des vergers, exploitations familiales peu mécanisées et un réchauffement climatique qui a déjà fait grimper les températures de 2 °C avec 15% de précipitations en moins sur la Mer Noire depuis vingt ans.

Réponses institutionnelles et diversification

Face à cette tempête, l’État turc contre-attaque. La TMO stocke 100 000 tonnes par an pour lisser les prix, tandis que 10 000 nouveaux hectares de variétés résistantes sont plantés annuellement. Les exportateurs pivotent vers l’Afrique (Éthiopie, Soudan, Madagascar) et l’Asie pour compenser un léger recul en Europe.

Pour 2026, les perspectives oscillent : un rebond à 650 000 tonnes si le temps se radoucit, ou une pénurie prolongée qui renchérirait encore les barres chocolatées et confiseries mondiales.

Enjeux méditerranéens : une opportunité pour la France ?

En Méditerranée, où la Turquie fournit 40% des noisettes françaises, cette instabilité ouvre des perspectives. Les plantations locales en Drôme et Var progressent de 15%, visant une autosuffisance partielle. La Côte d’Azur, hub agroalimentaire émergent, pourrait ainsi capter une partie de ces flux volatiles.

La filière noisette turque, pilier économique de la Mer Noire, incarne à la fois la force brute des chiffres – 70% du monde en une région – et la précarité d’un modèle monolithe face aux caprices de la nature.

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