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#Economie #Electricite #Energie #Hydrogene #JORDANIE
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Jeudi 19 Février 2026 à 07:22

Elle confirme les priorités fixées depuis 2020 : hausse de la production nationale de gaz, diversification des approvisionnements via le développement d’infrastructures – comme l’unité de regazéification onshore ou le projet d’oléoduc reliant Bassorah, dans le sud de l’Irak, à Aqaba – et accélération des exportations d’électricité vers les pays voisins (Égypte, Irak, Arabie saoudite et Syrie). La stratégie réaffirme également les objectifs en matière d'énergies renouvelables : atteindre 31 % du mix électrique en 2030 -contre 27 % fin 2024 et 0,5 % en 2014- puis 50 % d'ici 2035.

En parallèle, les autorités veulent libérer les capacités de production et de stockage.

D’un côté, un projet de loi, encadrant l’importation, le transport, le stockage et la distribution du gaz naturel, du biogaz, du biométhane et de l’hydrogène, doit permettre par exemple d’accroître la production du champ gazier de Risha – situé à la frontière irakienne – de 40 M de pieds cubes par jour à 150 en 2026, puis à 418 d’ici 2030. De l’autre, une nouvelle loi sur l’électricité, effective depuis août 2025, autorise à nouveau le développement de centrales d’énergie renouvelable à grande échelle, alors qu’elles étaient, depuis 2019, limitées à 1 MW, en raison des capacités insuffisantes du réseau.

Cette loi accélère également les capacités de stockage, qui s’élevaient seulement à 50 MW en 2023 – pour 600 MW de capacités solaires installées –, facilitant le lancement de projets comme le stockage hydroélectrique par pompage ou encore des systèmes de stockage par batteries (BESS).

La stratégie 2025-2035 mise par ailleurs sur le potentiel dormant des ressources locales.

La Jordanie entend produire 600 k tonnes métriques d’hydrogène vert par an d’ici 2030, puis 1,5 Mt d’ici 2040 et 3,4 Mt d’ici 2050 et en exporter 500 kt d’ici 2030, 1 Mt d’ici 2040 et 2,3 Mt d’ici 2050. Un cadre réglementaire, adopté à l’été 2025, vient ainsi organiser l’ensemble de la filière, de l’accès à l’électricité renouvelable et à l’eau aux exportations, en passant par la construction d’infrastructures. Ce secteur suscite d’ores et déjà l’intérêt des investisseurs (14 MoU signés depuis 2023), même si la phase d’avancement des projets reste préliminaire.

La Jordanie parie aussi sur le développement d’une filière des métaux stratégiques et de capacités de traitement sur le territoire, avec pour objectif de porter les exportations de minerais à 3,4 Mds JOD (4,8 Mds USD) d’ici 2033.

Deux accords miniers ont été signés avec l’entreprise jordanienne Wadi Araba Minerals, sur le cuivre et l’or, et des partenariats ont été conclus avec le Kazakhstan sur l’uranium et les Etats-Unis sur le brome. Pour autant, les IDE demeurent freinés par un régime de licence peu ouvert et un accès restreint aux données géologiques. Il s’agit dorénavant d’aligner les réglementations sur les standards internationaux – notamment face au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières – pour ainsi positionner le Royaume sur les chaines de valeurs mondiales.

Si ces nouvelles ambitions constituent un signal positif, la situation financière de la National Electric Power Company (NEPCO) reste un frein aux réformes.

Structurellement déficitaire, NEPCO pourrait paradoxalement être fragilisée par la libéralisation du marché de l’électricité : l’ouverture à l’autoproduction risque en particulier d’éroder ses revenus, déjà affectés par des contrats d’achat à long terme défavorables et des prix élevés, limitant toute marge d’ajustement tarifaire. Le gouvernement se doit donc de trouver le point d’équilibre entre développer les projets, catalyser les investissements et assurer la soutenabilité financière du secteur, pour qu’enfin la Jordanie puisse capitaliser sur son potentiel énergétique.

Ambassade de France en Jordanie : Service Économique d’Ammann

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