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Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Samedi 29 Novembre 2025 à 06:54

Privée de soutien international depuis l’impasse des négociations avec le FMI, la Tunisie tente de stabiliser ses finances en mobilisant 3,7 milliards $ auprès de la Banque centrale, pour combler un déficit public toujours élevé, au risque d’accentuer la pression sur la monnaie et sur l’inflation.

Face à un accès restreint aux financements extérieurs et à un déficit budgétaire persistant, le gouvernement tunisien prévoit de solliciter à nouveau, en 2026, un financement exceptionnel auprès de la Banque centrale de Tunisie (BCT) à hauteur de 3,7 milliards de dollars, selon le projet de Loi de finances examiné cette semaine.

Un recours exceptionnel devenu structurel

Présentée comme temporaire après la crise de liquidité post-pandémie, cette mesure est devenue une composante récurrente du budget. Tunis avait déjà obtenu 2,3 milliards de dollars en 2025 pour honorer des échéances de dette arrivées à maturité.

Mais les économistes mettent en garde contre les effets inflationnistes d’un tel mécanisme, assimilé à une monétisation du déficit. En l’absence de flux extérieurs, le gouvernement s’endette auprès de lui-même, ce qui accroît le risque d’une spirale inflationniste et d’un affaiblissement du dinar, la monnaie nationale.

Une situation budgétaire sous tension

Le budget 2026 prévoit des besoins de financement totaux de 27 milliards de dinars (environ 9,2 milliards de dollars), un niveau comparable à celui de 2025. Une partie de ces fonds pourrait provenir d’un emprunt obligataire islamique (sukuk) estimé à 7 milliards de dinars, une première pour le pays.

Les dépenses publiques augmenteraient de 59,8 à 63,5 milliards de dinars, sous l’effet de revalorisations salariales dans le public et le privé, tandis qu’un impôt de solidarité de 1 % serait instauré sur les patrimoines supérieurs à 5 millions de dinars.

Un pari risqué sur les financements domestiques

Privée d’un nouvel accord avec le Fonds monétaire international (FMI) depuis le gel des discussions en 2023, la Tunisie s’appuie de plus en plus sur l’endettement intérieur pour stabiliser ses comptes.

Cette dépendance inquiète les économistes, qui redoutent un assèchement de la liquidité bancaire et un effet d’éviction sur le financement des entreprises. Le gouvernement de Sara Zaafarani (photo) justifie toutefois cette stratégie par la nécessité de « préserver la continuité des services publics » et d’éviter tout défaut de paiement sur la dette souveraine.

Une économie en manque d’oxygène

Avec une croissance limitée à 1 % en 2024 et une dette publique évaluée à 81 % du PIB, selon la Banque mondiale, la Tunisie reste fragilisée par la combinaison de déficits jumeaux — budgétaire et courant — et par un climat des affaires dégradé depuis 2021.

Le déficit budgétaire, estimé à 6,3 % du PIB, et une inflation moyenne de 7,4 % en 2024 témoignent d’une situation macroéconomique sous contrainte.

En attendant un éventuel retour des bailleurs internationaux, le pays s’en remet donc à la Banque centrale, dernier recours d’un État en quête d’équilibre financier.

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