Les grandes métropoles africaines produisent des millions de tonnes de déchets chaque année sans savoir quoi en faire. L’énergie qu’ils contiennent reste pourtant largement inexploitée.
Au Maroc, Casablanca s’apprête à abriter sa plus grande centrale de production d’électricité à partir de la combustion de déchets. Selon des informations publiées mardi 4 août par Reuters, un consortium conduit par la société helvético-japonaise Kanadevia Inova a signé un accord de concession avec la ville pour un investissement de 1,5 milliard de dollars dans ce projet.
D’après les termes de l’accord valable pour 33,5 ans, la centrale sera construite sur le site de la décharge de Médiouna, la plus grande du Maroc, haute de près de 70 mètres. L’installation, qui est presque arrivée à saturation, est devenue une source de pollution chronique pour les terres agricoles voisines depuis des décennies.
Le consortium comprend, outre Kanadevia, société spécialisée dans la valorisation des déchets, Nareva, société marocaine d’énergie, Itochu, grand groupe japonais de négoce, et Somagec, entreprise marocaine de construction. Il va construire sur ce site une centrale qui brûlera les déchets pour produire de l’électricité.
Une fois en service, la centrale traitera environ 1,5 million de tonnes de déchets par an. Elle sera en mesure de produire 115 mégawatts (MW) d’électricité à partir des déchets incinérés, de panneaux solaires installés sur le site et du gaz produit par la décharge. De quoi alimenter près d’un million de personnes, soit près d’un quart de la population de Casablanca, selon Itochu.
Les contrats de vente d’électricité ont été signés avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et la société de services urbains SRM Casablanca-Settat, selon le communiqué d’Itochu. Les termes financiers de ces contrats n’ont pas été rendus publics à ce stade. Le financement du projet sera assuré par des banques marocaines dont les identités n’ont pas été précisées, d’après Bruno-Frédéric Baudouin, directeur général de Kanadevia.
« La construction commencera dès que le financement sera entièrement sécurisé, ce que nous attendons pour le quatrième trimestre de cette année », a déclaré le responsable. La pleine exploitation est visée pour mi-2030.
Un projet africain inédit, mais une technologie qui divise
Par son échelle et sa capacité à produire directement de l’électricité, cette centrale serait la première du genre en Afrique. La seule autre grande installation comparable, New Horizons Energy à Athlone au Cap en Afrique du Sud, lancée en 2017, traite entre 500 et 600 tonnes de déchets par jour pour produire du biométhane.
Le Maroc n’en est pas à sa première expérience dans ce domaine. Une installation plus modeste, construite pour environ 11 millions de dollars, fonctionne à Fez depuis 2015. Elle permet de traiter 900 tonnes de déchets par jour, couvre environ 30 % des besoins énergétiques locaux et a réduit les coûts d’éclairage public de 40 %, a rapporté Agenzia Nova.
Cette technologie ne fait cependant pas l’unanimité. Des scientifiques, militants climatiques et groupes communautaires estiment qu’elle freine le recyclage et que l’incinération des déchets émet des particules et des gaz à effet de serre, indique Zawya.
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