Brouillon auto 83
#Commerce #Europe #Mediterranee #TransportMaritime #EchangesMediterraneens
journaliste
mercredi 10 février 2021 Dernière mise à jour le Mercredi 10 Février 2021 à 16:01

Naufrage en vue pour les chargeurs, importateurs, exportateurs européens. Depuis le deuxième semestre 2020, ils subissent une hausse continue, inconsidérée, du prix du transport maritime et une dégradation des transit-time. La réduction mondiale de la capacité navire, le manque de disponibilité des conteneurs concentrés sur l’axe Asie-État-Unis a des effets collatéraux sur le commerce en Méditerranée. Certains importateurs renoncent même à commander des produits faute de conteneurs et de navires pour les transporter…

Du jamais vu. Le transport maritime, totalement dérégulé en 2020, menace de plus en plus la chaîne logistique et pourrait conduire à une inflation au cours des mois à venir. 

« Le coût de transport d’un conteneur dry est passé de 1 800 à 8 000 dollars, les armateurs se concentrent sur les lignes les plus rentables. En 2020, le marché en provenance et à destination de l’Asie s’est totalement dérégulé au point de menacer nos circuits d’approvisionnement. Les entreprises européennes reportent leurs réservations sur les navires. La reprise brutale des échanges sur le transpacifique à la sortie du confinement en 2020 a absorbé la capacité des conteneurs », analyse Camille Contamine, déléguée aux affaires maritimes chez TLF. 

Les ports américains, croulent sous le fret et souffrent de congestion quand l’axe Asie-Europe ou Asie-Méditerranée est à la peine. Entre la hausse record des prix, l’attente pour trouver des boîtes disponibles (trois semaines pour un conteneur réfrigéré), les chargeurs, transitaires et logisticiens s’affolent voire même jettent l’éponge.  

« Les clients ne veulent plus importer »

Dirigeant français de la société de transit turque LAM et président du syndicat des transitaires de Marseille-Fos, Stéphane Salvetat prévient du risque d’impact sur l’économie européenne : « Des banquiers m’appellent, ils s’étonnent que les clients ne veulent plus importer. Les tarifs ont été multiplié par six et nous sommes contraints de vendre à perte au risque de perdre les marchés. Quand les circuits d’approvisionnements sont perturbés, le dérèglement se déporte vers d’autres zones géographiques notamment dans le bassin Méditerranéen. En Turquie, les camions se font rares ».

De plus en plus de chargeurs estiment être les otages des compagnies maritimes En une seule année, elles ont réduit leurs capacités navires de 40% pour être en conformité sur la réduction des émissions de soufre dans l’atmosphère et surfent sur un prix du baril historiquement bas. Résultat, les armateurs réalisent des marges historiques quand les clients sont pris à la gorge. 

« Les États-Unis ont la priorité par rapport au service Europe. Nous sommes contraints d’accepter ces augmentations extravagantes sans mot dire, sans concertation. Ces hausses de frets surnaturelles vont se répercuter sur les prix et générer l’’inflation sur les marchés français et européens. Quand le transport représente 80% du prix de la marchandise, le système est en surchauffe. Je dois sortir 300 000 dollars de surcharge fret d’ici le mois de mars. Peut-être allons cesser de faire des achats. Les chargeurs arrêtent d’importer certains produits car ils ne peuvent plus assumer ces charges financières », prévient Jean-Yves Baeteman. Ce fabricant et importateur français de luminaires a vu sa facture transport bondir de 1,5 M€ à 15 M€ pour acheminer 1 500 conteneurs de Chine vers Fos-sur-Mer.  

Les associations de chargeurs ont alerté la Commission européenne sur les conséquences de cette absence d’encadrement du marché. « Les États-Unis possèdent un système de régulation (US Shipping Act, FMC) offrant aux chargeurs la possibilité de saisir ces organes qui diligentent des enquêtes. La Chine a quant à elle demandé l’ajout de capacités et l’obligation de déclarer les tarifs. La Corée et l’Australie possèdent également des systèmes de régulation », souligne Camille Contamine qui dénonce l’absence de système d’enquête en Europe. 

Nathalie Bureau du Colombier

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