Le coût de la vie en Israël a drastiquement augmenté ces quinze dernières années. Depuis 2008, Israël a connu un basculement structurel : alors que les prix y étaient inférieurs à la moyenne de l’OCDE, le pays est devenu l’un des plus coûteux parmi les économies avancées. Or, cette hausse ne peut être expliquée ni par la progression du PIB par habitant ni par les variations du taux de change, ce qui révèle un décalage profond entre les fondamentaux macroéconomiques et les prix observés par les consommateurs.
Le Contrôleur d’État a constaté en 2024 que les prix des aliments en Israël (en parité de pouvoir d’achat) sont environ 51 % plus élevés que dans les pays de l’UE et 37 % plus élevés que dans les pays de l’OCDE.
Le nœud du problème réside dans une concentration exceptionnelle de l’ensemble de la chaîne de valeur.
Le marché israélien est dominé par des monopoles industriels comme Tnuva, Osem (Nestlé) et Strauss-Elite, bâtis au fil d’acquisitions successives ayant consolidé leur pouvoir sur une gamme élargie de biens de consommation; deux importateurs dominants, Diplomat et Schestowitz, qui détiennent des droits d’exclusivité sur des dizaines de marques internationales majeures et une distribution très concentrée, dominée par Shufersal, qui dispose de plus de 30 % de part de marché à l’échelle nationale et dont les marges brutes ont fortement augmenté, de 23 % à près de 30 % ces dix dernières années.
Le manque de concurrence se traduit par une érosion du pouvoir d’achat des consommateurs.
La structure du marché empêche l’entrée de nouveaux concurrents et favorise des pratiques tacites de partage entre acteurs dominants. Le régulateur est critiqué pour avoir, au cours des années, autorisé ou facilité des fusions qui ont renforcé ces positions, notamment la fusion Strauss-Elite dans les années 1990-2000.
Combiné à un environnement de taux d’intérêt élevés et une fiscalité en hausse depuis le début de la guerre, le coût de la vie impose un fardeau aux ménages israéliens. L’alimentation représente 20 % des dépenses des ménages mais cette part varie fortement selon les déciles.
Dans les tranches aisées, les dépenses alimentaires représentent environ 10 % du revenu. Cette part monte à 33 % pour le 2ème décile et jusqu’à 45 % pour les ménages du 1er décile, rendant ces foyers très vulnérables aux hausses de prix. Face à une progression des salaires inférieure, cette situation a pour conséquence la généralisation des découverts bancaires en fin de mois, qui concernent désormais un ménage sur trois.
La réforme « What’s good for Europe is good for Israel » ambitionne de réduire les prix de manière durable mais peine pour l’heure à produire des résultats.
Portée par le ministère de l’Économie et de l’Industrie, elle vise à faciliter l’importation de biens conformes aux standards européens pour accroître l’offre sur le marché local et faire baisser les dépenses des ménages de plusieurs milliers de shekels chaque année.
La réforme est mise en œuvre progressivement depuis le 1er janvier 2025 et le périmètre des produits qu’elle inclut correspond à 80 % de la valeur des importations de biens de consommation. À ce stade, le taux d’adoption par les importateurs demeure faible et dépend des catégories de produits traités.
D’après le cercle de réflexion économique israélien IEP, spécialisé dans l’étude du coût de la vie, l’objectif poursuivi par la réforme ne saurait de plus être atteint sans une restructuration en profondeur du marché.
Source Ambassade de France en Israël







here">














here">
Réagissez à cet article