Depuis la légalisation de son usage industriel et médical en 2021, le secteur connaît un développement progressif, marqué par la mise en œuvre de nouveaux projets industriels.
Au Maroc, la société familiale Cannablanca, spécialisée dans la culture du cannabis légal, prévoit de lancer en 2026 une unité pharmaceutique dédiée à la transformation du cannabis en médicament. Selon les informations relayées par le quotidien local Médias 24, le 28 janvier, elle affiche un taux d’avancement proche de 80 % et son entrée en activité est prévue de manière progressive, avec un objectif de montée en régime d’ici la fin de l’année en cours.
Implanté sur un site de 2 hectares à Laghdir, dans la province de Chefchaouen, ce projet industriel a mobilisé un investissement de 145 millions de dirhams (16 millions $). « L’unité disposera de deux lignes de production et fonctionnera sur la base de contrats avec des coopératives agricoles […] La capacité de production globale ne pourra toutefois être déterminée qu’au démarrage effectif de l’activité, puisqu’elle dépend directement des volumes fournis par les coopératives partenaires », rapporte la même source.
Quoi qu’il en soit, ce nouvel investissement permettra de renforcer la capacité de transformation de l’industrie marocaine du cannabis légal, encore en phase de structuration, et confirme l’implication croissante du secteur privé dans la filière.
Le projet industriel de Chefchaouen s’inscrit en effet dans un contexte de forte accélération de l’industrie marocaine du cannabis légal. En décembre 2024, l’entreprise pharmaceutique marocaine Pharma 5 dévoilait le premier médicament générique marocain à base de cannabis. Ce produit baptisé « Cannabidiol Pharma 5 », et présenté comme un traitement révolutionnaire contre les épilepsies, est le fruit d’un projet d’investissement de 250 millions de dirhams (27,08 millions $).
Un an plus tôt, l’entreprise locale Somacan avait investi 6,1 millions $ dans une unité de transformation pharmaceutique à Aïn Cheggag et lancé, en septembre 2024, une unité de fabrication de produits médicinaux à base de cannabis pour un coût total de 2 millions $ à Taounate.
Par ailleurs, la coopérative Bio Cannat qui est la première société à avoir obtenu une autorisation pour la transformation du cannabis en 2022, a lancé une unité d’extraction de cannabidiol opérationnelle en janvier 2024 à Bab Berred, qui peut produire jusqu’à 720 000 bouteilles de CBD et plus de 300 000 unités de produits dérivés.
Cette montée en puissance de l’outil industriel traduit la volonté du Maroc de capter davantage de valeur ajoutée locale, au-delà de la simple production agricole.
Un contexte favorable à l’émergence industrielle
Depuis la légalisation du cannabis en 2021, l’industrie locale bénéficie d’un cadre réglementaire favorable et de mesures incitatives mises en place par les autorités. À titre d’exemple, la Commission des finances a approuvé en décembre 2024 l’instauration d’un droit d’importation maximal de 200 % sur les produits à base de cannabis. Cette mesure vise notamment à décourager les importations et à créer des conditions favorables pour stimuler la production locale en éliminant la concurrence étrangère sur le marché national.
Plus tôt, en janvier 202, l’Agence régionale d’exécution des projets (AREP) de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma a été mandatée pour aménager une zone économique destinée à accueillir les activités de transformation du cannabis légal. D’un coût total de 4,5 millions $, ledit projet s’étendra sur 10 hectares à Issaguen, dans la province d’Al Hoceïma. Pour ce volet agro-industriel, les investisseurs locaux pourront compter sur la dynamique de croissance de la production de cannabis légal observée ces dernières années.
Par ailleurs, le segment de la production se développe sous la supervision de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC). Selon l’organisme public, la superficie consacrée à la culture du cannabis légal en 2025 a atteint 4 751 hectares, soit plus du double de celle enregistrée en 2024 (2 169 hectares). Il faut noter que la culture a officiellement démarré en 2023 avec une superficie modeste de 277 hectares.
Dans ce contexte, l’entrée en service de nouvelles unités de transformation devrait créer de nouveaux débouchés et soutenir la dynamique de croissance de la production au cours des années à venir.





















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