Le gouvernement libanais a acté une hausse de la TVA de 11 à 12% et des taxes sur l’essence pour financer 800 millions de dollars de salaires supplémentaires aux fonctionnaires en 2026. Si cette mesure soutient à court terme la fonction publique, elle risque de faire flamber l’inflation et d’éroder le pouvoir d’achat des ménages privés dans une économie déjà exsangue. Décryptage chiffré des enjeux.
La hausse de la TVA de 11% à 12% et l’augmentation des taxes sur l’essence au Liban visent à financer une enveloppe estimée à environ 800 millions de dollars pour relever les salaires des fonctionnaires et verser l’équivalent de six mois de rémunération supplémentaire en 2026. Ces mesures interviennent dans un contexte où la TVA constitue déjà la première source de recettes fiscales de l’État et où le pays importe l’essentiel de ses biens de consommation, rendant l’économie très sensible à toute hausse de fiscalité indirecte.
En pratique, l’augmentation de TVA agit comme un impôt généralisé sur la consommation : appliquée sur la plupart des biens et services, elle renchérit immédiatement les prix à la caisse, surtout dans un système où la TVA est déjà calculée en livres libanaises sur la base de taux de change proches du marché parallèlement au dollar douanier et à la plateforme Sayrafa. Les précédents ajustements de calcul de la TVA, alignés sur ces taux de change beaucoup plus élevés que l’ancien taux officiel, ont déjà provoqué des hausses marquées des prix et contribué à une inflation annuelle de plusieurs centaines de pour cent au plus fort de la crise.
L’impact sur l’inflation dépendra de l’ampleur du transfert de cette hausse de TVA dans les prix finaux, mais dans un contexte de forte concurrence limitée et de structures de coûts en dollars, les commerçants ont tendance à répercuter presque intégralement la hausse sur le consommateur final. De plus, l’augmentation simultanée des taxes sur l’essence accroît les coûts de transport et de logistique, ce qui se diffuse ensuite sur l’ensemble de la chaîne de valeur, des produits alimentaires aux services, renforçant la pression inflationniste sur les ménages.
Pour le pouvoir d’achat, l’effet est ambivalent : d’un côté, les fonctionnaires et contractuels de l’État bénéficient d’une revalorisation de leurs revenus, avec plusieurs salaires supplémentaires indexés sur leurs niveaux de 2019, ce qui améliore à court terme leur capacité à faire face aux dépenses courantes. De l’autre, la majorité des Libanais, notamment dans le secteur privé et l’économie informelle, subissent la hausse des prix sans bénéficier de compensations équivalentes, ce qui accentue les inégalités entre salariés publics et reste de la population.
Dans une économie où la part des ménages vivant sous le seuil de pauvreté a fortement augmenté depuis 2019 et où la livre libanaise a perdu plus de 90% de sa valeur, l’alourdissement de la fiscalité indirecte est particulièrement régressif : les ménages les plus modestes consacrent une part bien plus élevée de leur revenu à la consommation, donc à la TVA, et aux dépenses de transport. Sans ciblage fin ni mécanismes de compensation pour les foyers vulnérables, le risque est que la mesure, pensée pour stabiliser les finances publiques et soutenir la fonction publique, se traduise par une érosion supplémentaire du pouvoir d’achat de la majorité et une perception accrue d’injustice fiscale, dans un contexte social déjà explosif.





















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