Alors que l’éducation préscolaire s’impose comme premier levier contre les inégalités scolaires, le Maroc enregistre une décennie de rattrapage notable sur l’accès. La qualité des apprentissages et la gouvernance du secteur restent, elles, en chantier.
Le Maroc améliore sensiblement sa couverture préscolaire et atteint un taux de 70,4 % en 2025 pour les enfants âgés de 4 à 5 ans, contre 50,2 % dix ans plus tôt. C’est ce que révèle le rapport d’évaluation du préscolaire 2024‑2025, publié par l’Instance nationale d’évaluation du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) en partenariat avec l’UNICEF. L’évaluation porte sur toutes les structures du pays, des établissements publics aux unités non structurées, ces écoles coraniques et lieux d’accueil informels qui ont longtemps été la seule option dans les territoires les plus enclavés.
C’est en milieu rural que le basculement est le plus saisissant. Le taux d’accueil de la petite enfance y a bondi de 36,3 % à 75,6 % en dix ans, dépassant désormais celui des zones urbaines. Ce renversement tient largement au programme national de généralisation du préscolaire 2018‑2028, pensé pour résorber les fractures territoriales et déployer une offre publique là où elle faisait défaut.
Le CSEFRS documente une expansion sans précédent du réseau public, dont les unités sont passées de 6185 à 23 182 entre 2018‑2019 et 2024‑2025, tandis que les structures informelles ont diminué de 18 882 à 4946, traduisant une normalisation progressive. Sur la même période, le budget consacré au secteur a plus que doublé, de 1,13 milliard de dirhams en 2019 à près de 3 milliards en 2025, et le nombre d’éducateurs a progressé de 39 535 à 49 885. La parité suit la même trajectoire, le taux de préscolarisation des filles ayant grimpé de 44,7 % à 71,1 % entre 2014‑2015 et 2024‑2025.
Ce que révèle ce chiffre sur le système éducatif marocain
Les chiffres d’accès au préscolaire ne disent rien de ce qui se passe dans les classes. C’est d’ailleurs sur ce terrain que le rapport du CSEFRS se fait le plus exigeant.
Vient ensuite la question du personnel. Le rapport met en lumière une hétérogénéité préoccupante des conditions de travail, surtout dans le public et le non structuré. Cette précarité fragilise la régularité des pratiques pédagogiques et, au bout du compte, le développement des enfants. Le CSEFRS plaide pour une revalorisation du métier, une meilleure formation et une stabilité professionnelle accrue.
L’inclusion constitue le troisième point aveugle. La prise en charge des enfants en situation de handicap demeure insuffisante, malgré les engagements inscrits dans la loi‑cadre 51.17. L’instance signale par ailleurs que la rupture entre le préscolaire et le primaire représente un risque réel. Faute de continuité pédagogique entre les deux cycles, une partie des acquis se perd dès l’entrée à l’école.
Le rapport s’attarde enfin sur l’éclatement de la gouvernance. Ministères, collectivités, fondations et opérateurs privés coexistent sans pilotage unifié, rendant l’application de normes de qualité homogènes difficile à l’échelle nationale. Le CSEFRS recommande de mieux délimiter les responsabilités de chacun et de confier davantage de leviers aux collectivités locales, dans le cadre de la régionalisation avancée.





















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