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Agence Ecofin
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Vendredi 22 Mai 2026 à 08:25

Les tensions sur le marché mondial du gaz poussent l’Italie à renforcer ses partenariats énergétiques méditerranéens, afin de sécuriser ses approvisionnements.

L’Italie et la Libye veulent accélérer leurs projets gaziers communs, afin de sécuriser davantage les approvisionnements énergétiques en Méditerranée, dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques internationales et des perturbations sur le marché mondial du gaz. Réunis à Rome le jeudi 7 mai, la Première ministre italienne Giorgia Meloni, et le chef du gouvernement libyen Abdulhamid Dbeibah, ont affiché leur volonté de renforcer la coopération et les investissements dans le secteur énergétique.

Cette séquence survient alors que Rome cherche à réduire son exposition aux chocs affectant les flux mondiaux de l’énergie. Les perturbations récentes des exportations qataries de GNL, suite aux frappes iraniennes ayant affecté une partie des capacités du pays, ont ravivé les inquiétudes autour de la dépendance européenne aux approvisionnements transportés par voie maritime. Très dépendante des importations, l’Italie cherche à sécuriser davantage de volumes via des fournisseurs proches et reliés par gazoduc.

Dans cette stratégie, la Libye occupe une position clé. Le pays nord-africain reste le premier fournisseur de pétrole brut de la Botte, représentant près d’un cinquième des importations italiennes. Les deux pays sont aussi connectés par le gazoduc GreenStream, qui relie le complexe gazier de Mellitah sur la côte libyenne, à la Sicile.

Des exportations libyennes limitées par des contraintes structurelles

Mais les exportations libyennes de gaz vers l’Italie ont reculé ces dernières années. Elles sont passées d’environ 1,4 milliard de m³ en 2024 à près de 1 milliard de m³ en 2025. Cette baisse reflète plusieurs contraintes structurelles, dont la hausse de la consommation domestique en Libye, les infrastructures vieillissantes, les interruptions répétées des processus de production, et l’instabilité politique persistante. Ces difficultés maintiennent le gazoduc GreenStream largement sous-utilisé.

Face à cette situation, Rome et Tripoli cherchent à accélérer les investissements destinés à relancer la production et moderniser les infrastructures. Des membres de la Commission parlementaire italienne chargée de la sécurité avaient déjà souligné fin avril, la nécessité d’augmenter les investissements afin d’accroître les exportations libyennes vers l’Italie.

Le groupe italien Eni se trouve au cœur de cette stratégie. Présent en Libye depuis 1959, il demeure le principal opérateur international dans le pays, avec une production d’environ 162 000 barils équivalent pétrole par jour en 2025. Trois projets de développement sont actuellement en cours, dont deux devraient entrer en production dès 2026.

Le programme d’investissement, estimé à près de 10 milliards USD, comprend notamment le projet offshore de compression de Sabratha, le « Bouri Gas Utilization Project » destiné à récupérer le gaz associé, ainsi que le développement offshore A&E, présenté comme le plus important investissement énergétique réalisé en Libye depuis plus de vingt ans.

La Méditerranée au cœur de la stratégie énergétique italienne

Au-delà des projets libyens, cette offensive traduit une évolution plus large de la politique énergétique italienne. Depuis la reconfiguration des marchés européens de l’énergie ces dernières années, Rome cherche à faire de la Méditerranée un axe prioritaire de sécurisation de ses approvisionnements.

L’Italie renforce ainsi parallèlement ses discussions avec l’Algérie, son principal fournisseur de gaz par pipeline via le Transmed, tout en explorant des alternatives avec les États-Unis et l’Azerbaïdjan. Mais dans un environnement marqué par des tensions sur les routes maritimes et par la volatilité du GNL, les approvisionnements régionaux par gazoduc gagnent en importance stratégique.

Pour Tripoli, cette coopération représente une opportunité de stabiliser sa production, de moderniser un secteur fragilisé, et d’attirer davantage de capitaux étrangers. La capacité de la Libye à transformer ces engagements en hausse durable de sa production restera toutefois dépendante de l’évolution de ses contraintes internes et du contexte régional.

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