La situation financière de l’Autorité palestinienne s’inscrit dans un contexte de crise budgétaire profonde, qui s’est fortement aggravée entre 2025 et 2026. Le budget 2026 illustre clairement l’ampleur des déséquilibres : les recettes publiques s’élèvent à 16,04 Mds NIS, tandis que les dépenses atteignent 20,65 Mds NIS, générant un déficit hors aides extérieures de 6,92 Mds NIS, soit environ 2,31 Mds USD. Cette structure met en évidence une incapacité persistante à aligner les ressources sur les engagements, dans un environnement économique fortement contraint.
La structure des recettes publiques reste fortement déséquilibrée, avec une dépendance importante aux fonds de compensation, qui représentent environ 68 % des revenus de l’Autorité palestinienne.
Cette configuration rend les finances publiques particulièrement exposées aux décisions externes. Depuis mai 2025, l’interruption des transferts, après une période prolongée de retenues partielles, a privé l’Autorité de flux financiers essentiels. Plus de 14 Mds NIS demeurent ainsi non transférés, ce qui a entraîné une contraction brutale de la liquidité et accentué les tensions budgétaires.
Les effets de l’interruption des fonds de compensation se traduisent par une crise de liquidité immédiate et persistante.
Au début de l’année 2026, les recettes locales mensuelles restent limitées à environ 400 M NIS, un niveau largement insuffisant au regard des besoins minimaux estimés à près de 1 Md NIS par mois pour assurer le fonctionnement de base des services publics. Ce décalage structurel entre ressources et dépenses a rapidement placé les finances publiques dans une situation de tension extrême.
Parallèlement, la dynamique de la dette accroît la pression sur les finances publiques.
L’encours de la dette publique est estimé à environ 46 Mds NIS (14,65 Mds USD), tandis que le service de la dette mobilise entre 250 et 300 M NIS par mois. Ce niveau élevé d’endettement, combiné à des ressources limitées, réduit significativement la capacité de l’État à financer ses dépenses essentielles, tout en renforçant sa dépendance aux financements à court terme.
Cette contrainte de trésorerie se reflète de manière particulièrement aiguë dans la gestion des salaires publics.
Depuis 2019, le paiement intégral des salaires constitue l’exception plutôt que la règle, avec une seule occurrence de versement complet sur cette période. Le mécanisme habituel repose désormais sur des paiements partiels, généralement compris entre 50 % et 70 % du salaire, selon les disponibilités financières. Toutefois, même ce système de versement proportionnel n’a pas pu être maintenu récemment.
Au début de l’année 2026, la situation s’est encore dégradée.
Pour le salaire du mois de janvier, le gouvernement n’a été en mesure de verser qu’une somme forfaitaire de 2 000 shekels à l’ensemble des employés publics, indépendamment de leur niveau de rémunération initial. Ce mode de paiement, uniforme et déconnecté du salaire réel, marque une rupture avec les pratiques antérieures et illustre l’intensité de la crise de liquidité. Il reflète également l’incapacité des finances publiques à répondre, même partiellement, aux engagements salariaux habituels.
Malgré ces ajustements, les risques systémiques demeurent importants.
L’accumulation des arriérés de paiement affecte à la fois les ménages et le secteur bancaire, tout en fragilisant le secteur privé, fortement dépendant des paiements publics. La structure de la dette publique illustre l’ampleur de ces déséquilibres : les engagements envers le fonds de pension atteignent environ 4,5 Mds USD, auxquels s’ajoutent 3,4 Mds USD dus aux banques locales.
Les arriérés envers les employés publics sont estimés à 2,5 Mds USD, tandis que les dettes envers le secteur privé s’élèvent à environ 1,65 Md USD, principalement au profit des hôpitaux et des entreprises pharmaceutiques. À cela s’ajoute une dette extérieure de 1,4 Md USD, ainsi que d’autres obligations diverses estimées à 1,2 Md USD. Cette accumulation de passifs contribue à ralentir l’activité économique, à accentuer les tensions de liquidité et à accroître les vulnérabilités du système financier dans son ensemble.
Dans ce contexte, le secteur bancaire joue un rôle central dans le maintien d’un minimum de stabilité économique.
Les dépôts bancaires s’élèvent à environ 22 Mds USD, avec un ratio crédit/dépôts de 68 %, ce qui traduit un niveau d’exposition élevé. Environ 116 000 emprunteurs issus du secteur public dépendent directement de leurs salaires pour honorer leurs engagements financiers. La réduction des revenus a donc des effets immédiats sur leur capacité de remboursement. Face à cette situation, l’Autorité monétaire a dû intervenir en imposant aux banques d’adapter les mécanismes de prélèvement, notamment en limitant les retenues en cas de salaires partiels et en autorisant le report des échéances.
Un autre facteur déterminant réside dans la diminution de l’aide internationale.
Celle-ci, qui constituait historiquement un pilier du financement public, a reculé de manière significative pour atteindre environ 2,55 Mds NIS 2026, soit une baisse de plus de 20 % en glissement annuel. Cette diminution s’explique par l’évolution des priorités des bailleurs et par les conditionnalités accrues liées aux réformes structurelles. Les financements restent ainsi insuffisants pour compenser l’ampleur du déficit et répondre aux besoins humanitaires croissants.
Les échanges avec les partenaires internationaux soulignent la nécessité d’un soutien financier plus fluide, prévisible et durable, en complément des réformes engagées en matière de gestion des finances publiques.
Toutefois, au-delà de l’appui budgétaire, un engagement politique accru apparaît indispensable afin de favoriser la reprise des transferts des fonds de compensation et d’encourager le respect des obligations existantes, notamment celles issues des accords d’Oslo. Dans un contexte de forte vulnérabilité structurelle, l’amélioration durable de la situation financière dépend ainsi autant de la continuité des financements extérieurs que de l’évolution des conditions politiques encadrant ces flux.
Source Ambassade de France





















Réagissez à cet article