Un an après le renversement de Bachar al-Assad, la Syrie entre dans une phase de réouverture économique inédite. La levée des sanctions internationales, l'afflux d'investissements étrangers et la perspective d'un marché de reconstruction évalué jusqu'à 345 milliards de dollars redonnent de l'espoir à une économie dévastée par plus d'une décennie de guerre civile.
Mais cette embellie reste fragile. L’instabilité politique et sécuritaire continue de peser sur la confiance des investisseurs, en particulier occidentaux.
Une réouverture commerciale résolue
La nouvelle autorité syrienne, dirigée par le président intérimaire Ahmed al-Charaa, a fait de l’ouverture aux investisseurs étrangers une priorité absolue. Le discours est net : « nous voulons reconstruire la Syrie grâce aux investissements, non avec de l’aide et de l’assistance », a déclaré le président syrien lors de la conférence Future Investment Initiative à Riyad en octobre 2025.
La levée des sanctions constitue le prérequis indispensable à cette réouverture. Les sanctions européennes et britanniques ont été progressivement levées à partir de mai 2025, puis les sanctions américaines ont été abrogées définitivement en décembre 2025 par le président Donald Trump.
Les voisins de la Syrie n’ont toutefois pas attendu cette levée pour reprendre les échanges commerciaux. Dès janvier 2025, la Jordanie et la Syrie ont rétabli la zone franche du poste-frontière de Jaber-Nasib. En février, l’Irak a rouvert ses frontières au commerce avec la Syrie, et la Turquie a levé ses restrictions commerciales.
L’Arabie saoudite et le Qatar ont par ailleurs apuré la dette de la Syrie envers la Banque mondiale, permettant à Damas d’emprunter à nouveau sur les marchés internationaux.
Des investissements étrangers en hausse
Les chiffres témoignent d’un regain d’activité économique net. L’économie syrienne est passée d’un état de contraction permanente à une relative stabilisation. Le PIB est passé de 67,54 milliards de dollars en 2011 à 21,4 milliards en 2024, mais il représente désormais une base de reconstruction.
Au cours des dix premiers mois de 2025, la Syrie a sécurisé 28 milliards de dollars d’investissements étrangers. Près de 90 entreprises étrangères se sont enregistrées auprès du Directorat du commerce syrien depuis la chute d’Assad, contre seulement 28 entre 2020 et 2024.
Les principaux investisseurs viennent d’Arabie saoudite, de Turquie, de Jordanie, des Émirats arabes unis et du Qatar. Mais ce ne sont pas nécessairement eux qui remportent les plus gros contrats.
L’Italie se distingue comme la grande gagnante de cette reprise. L’Italie était le deuxième plus grand marché d’exportation de la Syrie avant la guerre en 2011. Le pays a réinstallé un ambassadeur à Damas en octobre 2025, devenant le premier pays européen à le faire. Le port italien de Trieste a reçu mi-septembre 2025 la première cargaison de pétrole brut syrien en 14 ans.
CMA CGM a signé un contrat de 30 ans pour exploiter le port de Lattaquié. Le groupe français de logistique, dirigé par Rodolf Saadé d’origine franco-libanaise syrienne, marque le retour d’acteurs économiques majeurs en Syrie.
Le marché de la reconstruction post-conflit
La reconstruction de la Syrie est évaluée jusqu’à 345 milliards de dollars selon la Banque mondiale. Ce chiffre représente l’un des plus grands marchés de reconstruction post-conflit au monde.
Les entreprises italiennes sont particulièrement actives dans les infrastructures et la restauration du patrimoine. L’Italie est devenue le premier pays à reprendre ses activités archéologiques en Syrie en octobre 2025.
L’arrivée de produits en provenance de Turquie et de Jordanie a également stimulé l’économie syrienne.
























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