Tunisie : Affaiblissement de sa gouvernance et une marge de manoeuvre très faible pour lancer des réformes du secteur public
#Economie #Finance #FMI #TUNISIE
Denys Bédarride
lundi 1 mars 2021 Dernière mise à jour le Lundi 1 Mars 2021 à 10:53

L’agence de notation Moody’s a abaissé le 23 février 2021 la note de la Tunisie à B3 (catégorie « speculative and subject to high credit risk ») et a maintenu des perspectives négatives. 

Dans son communiqué publié le 23 février 2021, Moody’s a également abaissé la note de la Banque centrale de Tunisie (BCT) de B2 à B3, en maintenant ses perspectives négatives, du fait de sa responsabilité dans le remboursement en dernier recours des Bons du Trésor. 

Selon Moody’s, la notation d’émetteur B3 de la Tunisie reflète l’affaiblissement de la gouvernance et le manque de marges de manœuvre du gouvernement pour mettre en place un ajustement budgétaire et des réformes du secteur public face à des contraintes sociales croissantes. 

Cet abaissement se fait en dépit de la stabilité de la position extérieure et du bon niveau des réserves extérieures, qui offrent des garanties pour les remboursements de la dette extérieure à court terme mais n’effacent pas les risques de refinancement. Moody’s justifie le maintien des perspectives négatives par les risques liés aux retards dans la négociation d’un programme avec le FMI, hypothéquant l’accès aux sources de financement externes à des conditions abordables, alors que les besoins d’emprunts bruts totaux sont évalués à 15-17% du PIB en 2021 (contre 10% avant la pandémie). 

Après une contraction de l’économie plus importante qu’attendue en 2020 (-8,8%), Moody’s s’attend à une reprise de +4% en 2021 et un retour à une fourchette de 2 à 3 % par la suite. L’agence a également alerté sur le poids de la dette publique, qui a dépassé 90% du PIB en 2020, et estime que 65% du stock de la dette est sensible aux mouvements de changes. 

Compte tenu de la baisse des recettes liées à la crise sanitaire, Moody’s prévoit que le déficit budgétaire de la Tunisie se consolidera à -7,7% du PIB en 2021 puis -6,2% en 2022, après -10,1% en 2020. 

Enfin, l’agence souligne plusieurs faiblesses structurelles qui pèsent sur les finances publiques, notamment : 

– la masse salariale importante dans le secteur public, qui a atteint 17% du PIB en 2020, 

– des subventions énergétiques qui devraient cependant être progressivement supprimées, 

– la dette des entreprises publiques garanties par l’État, qui représentent environ 15% du PIB (essentiellement en devises). 

Moody’s appelle la Tunisie à mettre en place des réformes des entreprises publiques et du système fiscal en concertation avec les institutions et la société civile, afin d’obtenir un nouveau programme FMI. 

Source Ambassade de France en Tunisie 

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