Libye : Le fils de Kadhafi se présente comme le « sauveur, qui veut ressusciter l'unité perdue » du pays. Quelles sont ses chances ? Analyse
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Denys Bédarride
jeudi 12 août 2021 Dernière mise à jour le Jeudi 12 Août 2021 à 09:44

L’apparition de Seif al-Islam Kadhafi, libre pour la première fois depuis la chute du régime de son défunt père en 2011 et l’annonce de son souhait de réintégrer la vie politique sont de nature à rendre encore plus compliquée une scène libyenne, déjà en crise depuis une décennie, et cela pourrait enliser le pays dans une nouvelle guerre plus destructive encore.

En effet, 10 ans après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye est divisée entre un est contrôlé par le général à la retraite, Khalifa Haftar, et un ouest dominé par des milices armées, principalement les milices de Misrata, dirigées par Fethi Bachagha, ancien ministre de l’Intérieur au gouvernement de Consensus (2016-2021).

Seif al-Islam se présente comme étant une troisième option pour réunifier un pays déchiré par la guerre civile et l’effondrement de son économie, bien que la Libye recèle les plus grandes réserves pétrolières en Afrique.

Soutenu par des sympathisants et disposant de fonds : il veut récupérer le pouvoir

Ce qui a soulevé le plus la polémique dans son interview publiée par le journal américain est que Seif al-Islam n’a pas changé d’un iota, n’exprimant aucun remord, dès lors qu’il pense que le temps est venu pour instaurer l’ère du « Livre vert » cher à son défunt père.

Le fils de Kadhafi estime que les « hommes politiques libyens n’ont amené au pays que désolation et misère et que le temps est venu pour renouer avec le passé, dans la mesure où la Libye est à genoux, sans sécurité ni argent. Il n’y a plus de vie ici ».

A partir de cette analyse tragique de la situation qui règne dans le pays, le fils de Kadhafi se présente en tant que « sauveur, qui veut ressusciter l’unité perdue ».

Bien que Seif al-Islam Kadhafi n’ait pas annoncé sa candidature à la prochaine Présidentielle du 24 décembre 2021, il n’en demeure pas moins que ses représentants au Forum du Dialogue politique avaient combattu, en coordination avec les soutiens de Haftar, pour annuler toute condition posée aux candidatures au scrutin.

Parmi les conditions qui entravent sa candidature, figure la décision judiciaire qui n’est pas encore définitive, rendue à son encontre par un tribunal de Tripoli en 2015, qui ordonne son exécution par balles, de même que son extradition est exigée par la Cour Pénale Internationale (CPI) pour avoir perpétré des crimes contre l’Humanité.

Malgré cela, Kadhafi fils est convaincu de ses capacités et aptitudes pour surmonter les entraves d’ordre judiciaire et ses sympathisants ont pris l’initiative de lancer des campagnes de soutien sur les réseaux sociaux, et ce depuis le mois novembre 2020.

En effet, dix années après le lancement de la révolution n’ont pas permis d’effacer les traces de 40 ans de pouvoir sans partage de Kadhafi et de ses fils. Des villes et des tribus libyennes affichent publiquement leur soutien à Kadhafi, à l’instar des tribus des Kedhedhfa, des M’guerha et des Werfella déployées, entre autres, dans les villes de Syrte (ouest), de Béni Walid (Centre) et de Sebha (Sud).


De même, Ahmed Guedaf al-Dam, cousin de Seif al-Islam, qui réside actuellement en Egypte, lui assure le soutien financier, dès lors qu’il dispose d’une grande richesse et qu’il dirige le parti du « Militantisme national ».

Par ailleurs, et bien que les milices sécuritaires mises sur pied par Mouammar Kadhafi pour soutenir et protéger son régime, ont été démantelées après la révolution, il n’en demeure pas moins que les protagonistes du conflit ont recouru à ces milices pour les intégrer dans leurs unités militaires et la majorité d’entre elles combattent actuellement dans les rangs des milices de Haftar.

Le journal « The New York Times » a rapporté, selon des sondages d’opinion, que 57% des habitants d’une seule région (sans la citer) ont exprimé leur confiance qu’ils placent en la personne de Seif al-Islam Kadhafi.

Le journal américain avait également cité une avocate libyenne qui indique que ses travaux officieux menés pour mesurer l’opinion publique révèlent que 8 ou 9 Libyens sur 10 voteraient en faveur de Seif al-Islam.

De plus, Seif al-Islam a un allié puissant, en l’occurrence la Russie, qui pense qu’il remportera les élections, selon un diplomate européen qualifié par le journal américain d’«expérimenté et fin connaisseur des affaires libyennes ».

Moscou ne dissimule point son soutien à Kadhafi. Rappelons que l’envoyé spécial du Président russe pour la région du Moyen-Orient et l’Afrique, Michael Bogdanov, avait accueilli le 15 janvier dernier, Meftah Werfelli et Omar Abu Cherida, représentants du « Mouvement de Seif al-Islam ».

Source Agence Anadolu 

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