Israël vise l’autonomie énergétique rapidement grâce au gaz et au soleil
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Denys Bédarride
mardi 12 avril 2022 Dernière mise à jour le Mardi 12 Avril 2022 à 06:00

D’ici dix ans, Israël devrait fonctionner grâce à deux énergies d’origine locale, le gaz et le soleil. Cette évolution aura des conséquences économiques importantes car elle assurera l’autonomie énergétique du pays. Par ailleurs, les ressources gazières d’Israël et ses besoins en électricité propre vont développer l’interconnexion des réseaux énergétiques avec ses pays voisins.

Israël vise, au mieux, un bilan neutre en gaz à effet de serre d’ici 2050 et le Ministère de l’Énergie estime qu’à ce stade le plan de mise en œuvre permet d’atteindre 85% de cet objectif.

La décision est prise d’en finir avec le charbon (28% de la production électrique aujourd’hui) d’ici à 2025. En 2030, les besoins énergétiques devraient être couverts grâce au gaz naturel off-shore dont la consommation intérieure aura alors doublé en quinze ans (l’exploration du gaz terrestre est interdite) et aux énergies renouvelables (30% du mix énergétique). 

Le développement des énergies renouvelables repose essentiellement sur celui de l’énergie solaire (EDF Renewables Israel en est actuellement le leader incontesté avec une vingtaine de centrales opérationnelles ou en construction) mais aussi sur le développement du stockage. Dans le Néguev on ne compte que 18 jours en moyenne sans soleil par an mais Israël devra rapidement compter sur ses voisins pour atteindre sa cible de 30% d’énergie solaire. 

En effet, 60% du désert israélien est fermé à l’implantation de centrales solaires (terrains militaires et contraintes géographiques) et les problèmes fonciers sont encore plus sérieux au centre du pays déjà très densément peuplé et fortement consommateur d’électricité. La mise en place d’un système de production et distribution mini-solaire ou agri-solaire est donc essentielle, l’électricité d’origine éolienne étant pour l’instant peu concluante en Israël.

Le développement des véhicules électriques doit par ailleurs être accompagné. La première phase d’un plan modeste de mise en place de stations de recharge a reçu un financement public de 200 millions ILS (55 millions EUR) ; Israël travaille aussi à système de lissage de la demande pendant les recharges de nuit dans les parkings de l’habitat collectif.

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GvulotIsrael, 2014, Photographer : EDF EN

Les relations institutionnelles et de R&D avec l’Europe (programme Horizon Europe) et les USA (Bird Energy sur l’efficacité énergétique) sont jugées essentielles par le Ministère de l’Énergie qui souligne avoir des relations dans ce domaine avec les Pays Bas et le Royaume-Uni.

A ce stade, les exportations de gaz israélien ne peuvent atteindre le maximum de leurs possibilités en raison de goulots d’étranglements liés au transport. Elles se font sur la Jordanie et l’Égypte qui est le principal client et pays de transit pour le gaz israélien exporté grâce au train de liquéfaction de Damiette. Un projet de gazoduc pourrait renforcer la position de l’Égypte en reliant Israël au Sinaï par voie terrestre, doublant ainsi le gazoduc maritime qui achemine le gaz israélien vers Damiette mais dont la capacité est insuffisante.

Le projet de gazoduc Eastern Mediterranean Pipeline (Israël Chypre Grèce) étant abandonné, il n’est pas exclu que le surplus de gaz israélien venu des champs de Tamar et Léviathan puisse être transformé en courant alternatif qui serait alors exporté vers Chypre et la Grèce par un interconnector (câble sous-marin haute tension) comparable à ce qui existe entre la France et le Royaume- Uni ou entre la Norvège et les Pays-Bas.

Enfin, un accord signé à Dubaï en novembre 2021 en présence de responsables des EAU et des USA, pourrait permettre des échanges d’eau (désalinisation en Israël et exportation vers la Jordanie à hauteur de 200 millions de m3) et d’électricité (centrales solaires jordaniennes interconnectées au réseau israélien pour l’exportation de 600 MW). Cela aiderait Israël pour atteindre ses objectifs annoncés à la COP 26 en important de l’électricité d’origine solaire mais intensifierait également les échanges entre deux pays qui sont officiellement en paix depuis 1994.

La manne gazière d’Israël a déjà des effets qui ont le potentiel de se prolonger dans les trois décennies à venir.

Combinée à l’essor du secteur de la « haute technologie » (15% du PIB) la ressource gazière a contribué à changer en dix ans un déficit commercial chronique israélien en un excédent chronique. Cela renforce l’économie d’un pays, membre de l’OCDE et accentue le contraste économique avec ses voisins.

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By All the location_maps: NordNordWestderivative work: Amirki (talk) – Jordan_location_mapTurkey location mapHermon location mapIsrael location mapEgypt Sinai location map, CC BY-SA 3.0

Sous réserve de la modernisation du réseau électrique palestinien (totalement intégré à celui d’Israël à l’exception de la région de Jéricho alimentée par la Jordanie), une gestion intelligente de type Smart Grid serait de nature à fluidifier les échanges de kW/h évitant ainsi le déclassement de certaines zones sous contrôle palestinien.

Grâce au développement de l’interconnexion des réseaux (gaz et électricité), l’excédent énergétique offrira la possibilité à Israël de jouer un rôle nouveau dans la résolution des crises énergétiques qui secouent périodiquement la région (Égypte, Liban, Jordanie). Le gaz israélien exporté officiellement en Jordanie depuis quelques années est déjà transporté par le gazoduc pan arabe.

C’est aussi le gaz israélien qui approvisionne en grande partie la bande de Gaza et sa centrale à gaz. Un accord récent a été trouvé pour que le Qatar paye (à hauteur de 5 millions USD par mois) les livraisons de gaz destinées à Gaza. La dépendance énergétique des territoires palestiniens vis-à-vis d’Israël se conjugue donc au niveau de l’énergie primaire (gaz) à Gaza et au niveau de l’électricité en ce qui concerne la Cisjordanie.

Source Service Economique de Tel Aviv Ambassade de France

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