Au-delà du cadre bilatéral, l’accord avec Addis-Abeba s’inscrit dans une stratégie africaine plus large de la Turquie, combinant renouvelable et hydrocarbures, sécurisation des approvisionnements, et diplomatie régionale.
Le 17 février à Addis-Abeba, la Turquie et l’Éthiopie ont signé un mémorandum d’entente (MoU) portant sur le développement de projets communs dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. L’entente couvre aussi la production et l’installation d’équipements pour centrales hydroélectriques et turbines électriques. Selon le ministère turc de l’Énergie, cette convention doit servir de feuille de route pour structurer et approfondir la coopération bilatérale dans le secteur énergétique.
La signature s’est faite à l’issue de la première visite en 11 ans du président Erdogan en Éthiopie, en présence des responsables du domaine dans les deux pays. Son hôte, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, s’est déclaré convaincu que le travail conjoint des deux parties permettra de renforcer leur coopération.
Pour Ankara, ce MoU dépasse le cadre strictement bilatéral. Il s’inscrit dans une dynamique plus large d’ancrage progressif dans le secteur énergétique africain, et illustre une stratégie de plus en plus structurée sur le continent, combinant coopération industrielle, diplomatie régionale et sécurisation des approvisionnements. En 2024, la Turquie avait joué un rôle de médiation dans le différend entre l’Éthiopie et la Somalie autour du projet de port dans la région du Somaliland. La coopération énergétique vient ainsi prolonger un engagement diplomatique plus large dans une Afrique orientale où la Turquie renforce parallèlement sa présence dans les hydrocarbures.
De la diplomatie à l’exploration pétrolière en Somalie
En Somalie voisine, Ankara a engagé sa première mission de forage offshore hors de ses propres eaux territoriales, avec le navire en eaux profondes Çağrı Bey. Les travaux doivent débuter en avril sur le puits Curad-1, situé à environ 370 kilomètres au large de Mogadiscio, après des campagnes sismiques réalisées par le navire Oruç Reis sur trois blocs offshore. Depuis 2024, plusieurs accords couvrant l’exploration ainsi que la production de pétrole et de gaz ont été signés entre la Turkish Petroleum Corporation (TPC) et les autorités somaliennes, incluant également trois zones terrestres représentant environ 16 000 km².
Au-delà de Mogadiscio, la Turquie multiplie les accords énergétiques sur l’ensemble du continent. Au Niger, deux protocoles d’accord ont été signés en 2025 pour accroître la prospection pétrolière et gazière par des entreprises turques et élargir la coopération minière, avec des perspectives évoquées dans l’uranium.
Au Sénégal, un mémorandum d’entente conclu en octobre 2024 porte sur l’exploration, la production et le commerce d’hydrocarbures. En 2025, Dakar a également indiqué avoir reçu des offres de financement turques pour un projet de seconde raffinerie, destiné à accroître les capacités nationales de transformation. En Libye, la compagnie nationale des hydrocarbures et la TPC ont signé un accord en 2024 pour mener des études géologiques et une campagne sismique offshore de 10 000 kilomètres.
Sécuriser les approvisionnements et diversifier les partenariats
Cette offensive africaine répond à une contrainte structurelle dans la politique énergétique d’Ankara. En 2023, la Turquie a importé 31,4 millions de tonnes de pétrole brut et 17,6 millions de tonnes de produits pétroliers, pour une production nationale limitée à 4,1 millions de tonnes. La diversification géographique des sources d’approvisionnement apparaît dès lors comme un objectif de fiabilisation, alors que l’Afrique offre des opportunités à la fois pour les hydrocarbures et pour les énergies renouvelables.
Le cas éthiopien se distingue toutefois par son orientation vers le renouvelable, alors que les partenariats avec la Somalie, le Niger et le Sénégal se concentrent principalement sur le pétrole et le gaz. Avec le protocole d’accord signé à Addis-Abeba, Ankara ajoute ainsi une nouvelle dimension à sa présence énergétique sur le continent africain. Ce partenariat illustre une stratégie africaine articulant diplomatie, sécurité énergétique et projection industrielle.





















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