Enfants de la Méditerranée, inégalité des chances et politiques adaptées : dernière étude FEMISE
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Johanne Eva Desvages
jeudi 21 février 2019 Dernière mise à jour le Jeudi 21 Février 2019 à 11:17

Dans une étude récemment publiée par le think-tank Femise, des chercheurs se sont intéressés au développement de la petite enfance dans les pays du sud et de l’est de la méditerranée. Les enfants y sont parfois confrontés à des problèmes d’éducation, de pauvreté et de malnutrition. Analyse

La petite enfance est la période la plus importante pour le développement humain. Cependant, les pays ont tendance à sous-investir à ce stade de développement. Dans le monde, 200 millions d’enfants de moins de cinq ans n’atteignent pas leur potentiel de développement à cause de la pauvreté, de déficiences nutritionnelles et d’éducation inadéquate. Ceci est également le cas en Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA).

Dans une étude publiée en janvier par le Femise, des chercheurs de l’INSEA à Rabat (Maroc), de l’Université de Toulon (France) et du Centre de Recherche en Economie Appliquée pour le Développement à Alger (Algérie) se sont intéressés au développement de la petite enfance et l’inégalité des chances en focalisant leurs recherches sur les pays du sud et de l’est de la méditerranée: Algérie, Maroc, Tunisie, Bosnie, Serbie et Ukraine.

Sous la direction de Touhami ABDELKHALEK, les experts Valérie BERENGER et Moundir LASSASSI  soulignent que la période la petite enfance n’est pas anodine : les expériences que nous vivons avant nos 5 ans peuvent influencer, consciemment ou inconsciemment, toute notre vie. C’est aussi durant cette période que les cycles de pauvreté et d’inégalités sont transmis entre les générations.

Le développement de l’enfant peut être impacté par des facteurs tels que la pauvreté ou la malnutrition, qui auront alors des conséquences irréversibles, tant au niveau physique et psychique que cognitif ou affectif. 

Ces retards ou déficits « contribuent à un capital humain réduit et augmentent les risques auxquels l’enfant sera confronté durant sa vie ». A titre d’exemple, de précédentes études ont montré que les enfants soufrant de retard de croissance ont des taux de réussite scolaires moins élevés, puis, à l’âge adulte, perçoivent des salaires plus faibles.

Le succès ou l’échec des pays dans la promotion du développement de la petite enfance déterminera non seulement le cycle de vie des jeunes enfants, mais aussi les trajectoires du développement des pays.

Des problèmes de maltraitance et des inégalités dans l’accès aux soins

Il ressort de l’analyse que la petite enfance fait face à une inégalité́ d’opportunités significative particulièrement dans les pays du Sud de la méditerranée comparativement aux trois pays de l’Est.

C’est ainsi que dans le domaine de la santé, les résultats indiquent des taux de prévalence d’accès aux soins de maternité́ significativement plus élevés dans les 3 pays de l’Est comparés aux 3 pays du Sud. Les chercheurs se sont notamment intéressés à la vaccination, et ont constaté que tous les enfants n’ont pas la même chance d’accéder au vaccin. En Ukraine, moins d’un enfant sur deux est vacciné. Non seulement le taux est faible, mais 16,13% des jeunes ukrainiens sont également confrontés à des difficultés d’accès aux soins. En revanche, ce taux ne dépasse pas les 1,41% en Algérie.

Les taux d’enfants jugés « en bonne voie de développement » sont variables: atteignant 90% en Ukraine contre 40%seulement au Maroc. En matière de nutrition, il ressort que c’est l’absence de retard de croissance qui enregistre les inégalités les plus élevées, bien que leur niveau reste relativement faible comparé aux autres indicateurs. Le Maroc enregistre 4,58% de taux de prévalence d’enfants ne souffrant pas de sous-nutrition chronique, contre 0,83% en Algérie. 

C’est dans le domaine du développement cognitif, social et affectif que les niveaux atteints sont les plus faibles et que les disparités entre les pays ici étudiés sont les plus importantes. En outre, la discipline sous forme violente faite aux enfants au sein du ménage semble être répandue dans les pays du Sud, notamment en Tunisie où 96% des enfants subiraient une discipline « violente ». « En revanche, la maltraitance semble moins présente en Bosnie (33,8% d’enfants non victimes), Serbie (25,66% d’enfants non victimes) et Ukraine (24,98% d’enfants non victimes) ».

Pour ce qui est de la scolarisation, les enfants de moins de 5 ans n’ont là encore pas les mêmes chances : le taux d’inégalité d’accès à la scolarisation pré-primaire est de 28,45% en Algérie et 24,95% en Tunisie, mais il est beaucoup plus élevé en Bosnie (45,88%)

Tous domaines confondus, le niveau d’éducation de la mère est un facteur clé des inégalités constatées sur le développement de l’enfance. « En Algérie, nous observons que pour 8 indicateurs sur 11, les inégalités tiennent pour l’essentiel au niveau d’éducation de la mère » indique le rapport.

Des circonstances autres que l’éducation des parents, tel que le quintile de richesse du ménage ainsi que le milieu et la région de résidence expliquent en grande partie les inégalités. Sans surprise, de grands écarts sont enregistrés entre les enfants avantagés et ceux appartenant aux classes sociales plus modestes.

Quelles solutions pour accompagner le développement des enfants de demain ?

Compte tenu des grandes diversités constatées entre les 6 pays, les experts du Think-Tank Femise préconisent l’instauration de politiques adaptées à chaque pays.

« Une plus grande sensibilisation des responsables et même des parents, aux différents programmes devraient faire partie de ces politiques. Ces dernières couvriraient notamment des interventions qui visent à améliorer la couverture sanitaire des mères en âge de procréation, à s’occuper des nouveaux nés, à prévenir le retard de croissance et à élargir l’accès à la stimulation et à l’apprentissage précoce ». 

Afin de renforcer le développement social, affectif et cognitif de l’enfant, les chercheurs évoquent également la possibilité d’instaurer des systèmes de garderies ainsi que des programmes de transferts monétaires conditionnés par la participation à certaines activités”.

Reste encore à identifier de manière plus précise les moyens d’actions à mettre en oeuvre pour réduire ces inégalités, au regard du contexte des pays d’étude, précisent les experts. 

Le rapport est disponible en cliquant ici 

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