Palestine : Quelle est la situation économique et de la dette publique palestinienne ? 1
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Denys Bédarride
vendredi 17 septembre 2021 Dernière mise à jour le Vendredi 17 Septembre 2021 à 09:58

La dette publique palestinienne a considérablement progressé en 2020, pour atteindre deux tiers du PIB fin avril 2021. L’important choc budgétaire, déclenché par la crise des clearances revenues, droits et taxes collectés pour le compte de l’Autorité palestinienne par Israël sur ses importations et dont elle refusait la perception en réponse aux menaces d’annexion en Cisjordanie, a entraîné une croissance rapide de la dette à compter de mai 2020, contractée notamment auprès du système bancaire local. La crise sanitaire a ajouté un choc de croissance négatif à cet environnement dégradé, jusqu’à constituer un défi pour la soutenabilité de la dette.


Compte tenu de la fragilité de la reprise et de la diminution escomptée des recettes internes et externes de l’Autorité palestinienne, la viabilité de la trajectoire de la dette demeure particulièrement vulnérable à tout nouveau choc.

Avant le début de la pandémie, l’économie palestinienne stagnait dans un contexte général de dé-développement lié à la situation politique et sécuritaire. Au cours de la période 2017-19, la croissance annuelle du PIB a été en moyenne de 1,3 %, bien inférieure au taux de croissance de la population, ce qui a entraîné une baisse des revenus disponibles par habitant et une augmentation de la pauvreté. 

La décomposition des moteurs de la croissance indique qu’elle a résulté exclusivement de l’accumulation de facteurs de production (à la fois le capital et le travail), sans amélioration de la productivité. Faute de marges de manouvre budgétaire ou doutils de politique monétaire pour atténuer l’impact de la crise, l’économie a subi de plein fouet la crise sanitaire et les mesures de confinement. Le déclin de l’activité à partir d’avril 2020 a été rapide et général, avec une contraction du PIB de près de 12 % en 2020 (13,2 Mds USD).

Le montant de la dette publique a progressé de 26,5% en un an, passant de 2,93 Mds USD fin avril 2020 à 3,7 Mds USD fin avril 2021. À cette date, la dette publique brute affichée par l’Autorité palestinienne s’établit à environ 28 % du PIB. Bien que ce niveau d’endettement puisse sembler relativement faible, il constitue déjà un défi important étant donné les contraintes institutionnelles et politiques en Cisjordanie et à Gaza. 

De plus, il convient de noter que les chiffres de la dette publiés par le gouvernement n’incluent pas les arriérés accumulés durant les mandatures précédentes, qui totalisent environ 4,6 Mds USD. Ainsi, le niveau réel de la dette publique, arriérés de paiement compris, représente près de 63 % du PIB – un montent bien supérieur à la limite de 40 % autorisée par la loi palestinienne. L’augmentation du déficit public s’explique par la baisse des recettes fiscales de l’Autorité palestinienne, le surcroît de dépenses lié à la crise sanitaire et le repli continu des subventions et de l’aide étrangère.

Audelà de leffet mécanique lié à limpact de la crise sur le commerce international, le recul du montant mensuel des clearances revenues reversés à lAutorité palestinienne sexplique aussi par laugmentation constante de la part retenue par Israël

Sur la période de janvier à avril 2021, 129 MUSD en ont été déduits par Israël, soit environ 15 % du total des taxes et redevances collectées. Le Protocole de Paris autorise, au titre de frais de gestion, une retenue de 3% des fonds collectés. Effectué sans coordination avec la partie palestinienne, ce prélèvement additionnel est justifié comme « recette de compensation » pour l’utilisation du réseau d’eau et d’assainissement, l’accès de certains Palestiniens au système de santé israélien, mais également s’agissant des allocations versées par l’Autorité palestinienne aux familles de prisonniers palestiniens détenus en Israël (environ 15 MUSD par mois). 

Par ailleurs, le soutien international dont bénéficie l’Autorité ne cesse de s’éroder et participe également de la diminution des recettes disponibles. Le montant de l’aide extérieure a été divisé par près de quatre en sept ans, passant de 1,38 Md USD en 2013 à 370 MUSD en 2020. 

Le déficit budgétaire de l’Autorité palestinienne s’élevait à 276 MUSD en 2020, un chiffre supérieur de 75 % à celui de l’année précédente, financé essentiellement par l’augmentation de ses encours et arriérés de paiement vis-à-vis du secteur privé. Si le recours à l’endettement public était inévitable pour faire face à la crise sanitaire, les pressions financières dues aux circonstances sanitaires, économiques et politiques défavorables posent question quant à la soutenabilité de la dette, et ce en dépit d’efforts budgétaires significatifs. 

Sans recettes stables, ou progrès significatifs dans la maitrise des fuites fiscales, ni ressources extérieures suffisantes de la part des donateurs, une part importante des besoins de financement continuera d’être satisfaite par l’endettement et l’accumulation d’arriérés – alors même que leur échéance de court terme pose un défi supplémentaire de refinancement.

Tant que les contraintes et restrictions extérieures continueront de freiner la croissance, et dans un contexte de division toujours plus prononcée entre la Cisjordanie et Gaza, il n’y aura pas d’alternative possible dans les territoires palestiniens à un cadre macrobudgétaire qui repose sur l’aide internationale pour subvenir aux importants déficits de financement

Le dialogue entre l’Autorité palestinienne et les bailleurs de fonds sera essentiel pour concevoir et mobiliser un soutien efficace, passant notamment par des prêts garantis, pour faire face à l’impact du COVID-19 sur la situation budgétaire et préserver la stabilité macroéconomique. En parallèle, l’Autorité palestinienne devrait poursuivre ses efforts de réforme pour accroitre ses recettes et tempérer la croissance des dépenses publiques.

Source Ambassade de France au Liban 

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