En réponse aux pressions inflationnistes exercées par les tensions régionales, les autorités égyptiennes ont maintenu les prix du pain subventionné, consommé par environ 70 millions d’Égyptiens. Alors que le conflit avec l’Iran a entraîné une dépréciation de la livre égyptienne (environ 14 %) et des perturbations logistiques dans la région, la hausse des prix du blé a fait pression sur la filière meunière. En effet, les prix locaux du blé (à 12,5 % de protéines), départ entrepôt, sont passés d’environ 200 EUR à 230 EUR la tonne avant de se stabiliser autour de 220 EUR.
Par ailleurs, la hausse des prix mondiaux de l’énergie a conduit le gouvernement à relever, en mars, les prix des carburants de 14 % à 17 % selon les catégories. Dans ce contexte, le gouvernement a maintenu le prix du pain subventionné à 0,0032 EUR l’unité, l’État ayant ainsi décidé de prendre en charge le surcoût lié à la hausse du prix du diesel pour les boulangeries, estimé à plus de 25 M EUR par an. Les autorités ont également imposé des plafonds de prix sur le pain non subventionné (« baladi » et « fino »), compris entre 0,0016 EUR et 0,0032 EUR selon le grammage du pain. Ces mesures revêtent une importance particulière en Égypte, où le pain est un symbole de subsistance depuis l’Antiquité, incarné par le terme arabe « eish », signifiant « la vie ».
Les tensions énergétiques pèsent également sur la production et les exportations d’engrais de l’Égypte.
Le pays représente plus de 4 % de la production mondiale d’engrais et se classe au septième rang mondial pour la production d’urée (engrais azoté). Afin de limiter l’impact de la hausse des prix énergétiques mondiaux sur le budget, les autorités égyptiennes ont décidé d’augmenter les prix du gaz naturel industriel, affectant directement la production d’engrais azotés, dont près de 70 % des coûts dépendent du gaz naturel.
Dans ce contexte, les prix intérieurs de l’urée ont significativement augmenté (environ 28 % sur le seul mois de mars). En parallèle, une taxe temporaire de trois mois de 90 USD par tonne sur les exportations d’engrais azotés a été instaurée, alors même que les engrais constituaient le deuxième poste d’exportation du pays en 2025 (2,8 Md USD). Les prix de l’urée égyptienne à l’exportation ont ainsi fortement augmenté, passant d’environ 420-500 USD à près de 880 USD la tonne en avril. Dès lors, le contexte international de hausse des prix des engrais affecte les coûts de production de la filière céréalière en Europe notamment. En effet, l’Union européenne importe environ 26 % de son urée depuis l’Égypte. De même, l’Égypte constituait le troisième fournisseur de la France en engrais en 2025 (279 M EUR, soit 9,7 % des importations françaises), principalement sous forme d’engrais azotés.
La France, en tant que fournisseur historique de céréales de l’Égypte, demeure engagée en faveur de la sécurité alimentaire du pays.
Avec 14 % de parts de marché et 740 000 tonnes de blé exportées entre juillet 2025 et avril 2026, la France s’est maintenue au troisième rang des fournisseurs du secteur public égyptien. Cela étant, sur le marché public, la Russie demeure le premier fournisseur de blé de l’Égypte avec 41 % de parts de marché (2,1 Mt), devant l’Ukraine avec 28 % (1,4 Mt). De son côté, le marché privé est également largement dominé par les exportateurs de la mer Noire, qui concentrent 97 % des importations égyptiennes de blé, dont 81 % pour la Russie seule (6,2 Mt) et 13 % pour l’Ukraine (965 000 tonnes). Au cours de la campagne agricole 2026/2027, l’Égypte prévoit d’importer environ 12,5 de tonnes de blé.
L’Égypte cherche à renforcer sa sécurité alimentaire et à réduire sa dépendance extérieure.
Les autorités ambitionnent de faire de l’Égypte un « hub » régional des céréales et des intrants agricoles, notamment à travers des projets de centres de stockage et de plateformes logistiques, par exemple dans la région du canal de Suez. Elles ont également mis en place plusieurs mesures de soutien à la production locale, notamment la simplification des procédures de collecte et la revalorisation du prix d’achat public du blé à 2 500 EGP par tonne (contre 2 350 EGP en 2025), afin de stimuler la production nationale et de réduire la dépendance aux importations. Les capacités de stockage ont également été renforcées, via la mobilisation des silos publics, des infrastructures de la Banque agricole d’Égypte et du secteur privé.
Dans ce cadre, l’AFD et l’UE soutiennent la construction de nouveaux silos à blé à travers le pays. Enfin, plusieurs projets industriels dans les engrais et l’ammoniac vert ont été récemment annoncés, illustrant la volonté des autorités de consolider le positionnement régional de l’Égypte dans les chaînes de valeur agricoles.
Source Ambassade de France au Caire
























Réagissez à cet article