Capture d’écran 2026 07 21 à 14.11.55
#Agriculture #Economie #Elevage #Secheresse #TUNISIE
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Mardi 28 Juillet 2026 à 08:14

En Tunisie, l’élevage contribue à hauteur de 38 % au PIB agricole et procure de l’emploi à 22 % de la main‑d’œuvre du secteur. Dans le pays, le cheptel de bovins et de petits ruminants s’est effondré au cours des dernières années, principalement en raison de la longue sécheresse.

En Tunisie, le ministère de l’Agriculture a dévoilé le 2 juillet dernier un plan de relance du secteur de l’élevage sur la période 2026‑2030 selon les informations relayées par les médias locaux. Les interventions prévues dans le cadre de cette feuille de route quinquennale reposent sur quatre principaux axes à savoir la reconstitution des troupeaux bovins et des petits ruminants, le développement des ressources fourragères, la numérisation du suivi du cheptel et le renforcement des services de santé animale.

Dans le cadre de cet objectif, le gouvernement prévoit de mobiliser plusieurs sources de financement, notamment le budget de l’État, le Fonds de développement de la compétitivité du secteur agricole et des ressources extérieures.

Cette orientation avait déjà été amorcée dans la loi de finances 2025, qui a mobilisé une enveloppe de 10 millions de dinars (3,38 millions $) pour soutenir la reconstitution du cheptel bovin. Sur ce montant, 5 millions de dinars sont destinés à renforcer les fonds propres des petits éleveurs afin de faciliter leur accès aux crédits bancaires pour l’acquisition de génisses.

Les 5 millions de dinars restants financent une prime exceptionnelle visant à encourager l’élevage des génisses et des veaux de race pure. Cette aide est versée à différentes étapes du cycle d’élevage, de la naissance jusqu’au premier vêlage, afin de soutenir durablement le renouvellement du cheptel national.

Pourquoi maintenant ?

Le plan de relance du secteur de l’élevage de bétail intervient alors que la taille du cheptel national ne cesse de régresser, d’après les données compilées par l’Institut national de la statistique. Alors que la Tunisie comptait un total estimé à près de 8,37 millions de têtes de bétail (ovins caprins et bovins) en 2016, cet effectif a baissé de près de 30 % pour se chiffrer à 5,94 millions de têtes en 2022.

Cette évolution qui semble se poursuivre traduit une fragilisation progressive de la base productive de l’élevage tunisien. Si la filière est confrontée à plusieurs contraintes, la sécheresse récurrente qui sévit dans le pays est identifiée parmi les principaux facteurs ayant accéléré la réduction de la taille des troupeaux. Selon les autorités, la baisse des précipitations a limité la disponibilité des pâturages naturels et réduit les capacités de production fourragère, contraignant davantage les éleveurs à recourir aux aliments importés.

En outre, l’effet combiné de la sécheresse prolongée, de la hausse des prix internationaux des matières premières ainsi que de la dépendance aux importations d’aliments pour animaux a fortement dégradé la rentabilité des exploitations. Dans ce contexte, une partie des éleveurs a ainsi réduit ses activités ou quitté la filière, tandis que certains ont été contraints de vendre une partie de leurs animaux pour faire face à leurs charges.

Les autorités pointent également du doigt l’impact de la contrebande et de l’abattage illégal des femelles reproductrices, qui ont accentué la diminution du potentiel de renouvellement des troupeaux.

D’un autre côté, la sécheresse s’est relativement atténuée au cours de la campagne agricole de 2025/2026 grâce à des précipitations abondantes qui ont permis de limiter temporairement le stress hydrique. Ce contexte climatique plus favorable est de nature à soutenir le redressement des activités d’élevage et la reconstitution progressive du cheptel.

Quels enjeux ?

À travers ce plan de relance, la Tunisie vise un rétablissement progressif de l’équilibre sur le marché des produits animaux, sous tension depuis plusieurs années avec la contraction du cheptel.

Les données compilées par l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP) montrent par exemple que le prix moyen d’une brebis est passé d’une fourchette comprise entre 240 et 300 dinars en 2010 à près de 2 500 dinars au cours du premier semestre 2026.

Parallèlement, la production nationale de viande rouge a reculé d’environ 10 % sur la même période, passant de 122 700 tonnes en 2010 à quelque 110 800 tonnes en 2025, alors que la demande demeure soutenue. Sur le marché de la viande, la baisse de l’offre locale a contribué à une augmentation des prix, poussant les autorités à renforcer les importations afin de maintenir l’approvisionnement des consommateurs.

Si les initiatives annoncées dans le cadre du plan de relance dévoilé par le ministère de l’Agriculture visent un rétablissement du marché domestique, la reconstruction du cheptel tunisien reste un défi à long terme. Contrairement à une capacité industrielle, un troupeau ne peut pas être reconstitué rapidement. Il nécessite plusieurs cycles de reproduction et surtout un environnement économique permettant aux éleveurs de rester compétitif.

Réagissez à cet article

Vos commentaires

Rejoignez la discussion

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *