L’Algérie représente le second consommateur africain de blé derrière l’Egypte et le 5e importateur mondial de la céréale derrière l’Egypte, la Chine, l’Indonésie et la Turquie
#AfriqueDuNord #AnalyseEconomique #Ble #Cereales #Chine #Economie #Egypte #Europe #France #Importation #Industrie #Russie #Turquie #ALGERIE
Agence Ecofin
lundi 31 janvier 2022 Dernière mise à jour le Lundi 31 Janvier 2022 à 12:48

Depuis quelques années, on assiste à une mutation de la scène céréalière algérienne. Avec la diversification progressive des sources d’approvisionnement du pays d’Afrique du Nord, la Russie a fait son entrée sur la liste des fournisseurs du blé. Si le pays entend bousculer les positions des opérateurs historiques comme la France et plus largement des acteurs européens sur ce marché, la tâche s’annonce encore très rude.   

Pour comprendre l’intérêt de la Russie pour le marché algérien du blé, il faut revenir sur sa place stratégique. Sur l’échiquier mondial de la céréale, le pays d’Afrique du Nord est l’une des pièces qui ont la plus grande valeur.

Il représente en effet le second consommateur africain de la céréale derrière l’Egypte et le 5e importateur mondial de la céréale sous toutes ses formes derrière l’Egypte, la Chine, l’Indonésie et la Turquie.

Avec une consommation croissante en particulier de blé tendre, les achats de la céréale ont atteint 1,6 milliard $ en 2020, soit 20 % de la facture totale des importations alimentaires du pays selon les données douanières algériennes.  

Dans un tel contexte, l’Algérie est donc une cible commerciale de choix pour la Russie qui pèse pour 20 % du commerce mondial du grain. Elle lui offre une formidable opportunité de consolidation de sa présence en Afrique du Nord. Dans cette région, le pays domine déjà largement le premier marché de consommation de blé à savoir l’Egypte.

Des avancées notables 

Afin de tirer profit de la demande d’importation de blé en Algérie, la Russie, premier exportateur mondial, a mis en œuvre ces dernières années une politique d’exportation très ambitieuse qui a fini par porter ses fruits.

Les efforts de lobbying ont conduit l’Office interprofessionnel des céréales (OAIC) à adoucir le taux de grains punaisés à 0,5 % contre 0,1 % jusqu’en octobre 2020, mettant fin à 5 ans de disette des exportateurs russes. Depuis lors, le pays a multiplié ses envois.  

Après avoir envoyé en juin dernier, une première cargaison de 28 500 tonnes, l’industrie a expédié deux cargaisons de 60 000 tonnes en octobre et enfin 250 000 tonnes en décembre dernier selon l’USDA.

Le chemin sera long

Si ces différentes manœuvres de la Russie ont suscité de nombreuses craintes dans le rang des négociants céréaliers, certains analystes soulignent qu’il faut en relativiser la portée. Et pour cause. Pour l’heure, l’approvisionnement de l’Algérie est principalement satisfait par l’Union européenne (UE).

Selon les statistiques publiées par le Département américain de l’agriculture (USDA), les pays de la zone économique ont expédié en 2020/2021, près de 6 millions de tonnes de blé tendre vers l’Algérie, soit plus de 90 % des cargaisons.

Alors qu’au niveau de l’offre communautaire, la Russie s’intéressait d’abord à la concurrence de la filière française en raison de son ancrage de longue date, elle n’est plus seule.  

En effet, l’Allemagne s’est aussi affirmée sur ce marché et a même profité des problèmes de qualité de la céréale française pour devenir le premier fournisseur européen de l’Algérie en 2020/2021. Pour l’industrie russe, c’est donc à ce duo qu’il faudra s’attaquer pour étendre des parts de marché en Algérie dans les prochaines années.

Si en théorie, la filière russe possède les moyens de ses ambitions avec son importante capacité d’exportation, les récentes politiques commerciales devraient encore limiter sa percée à court ou moyen terme.

En effet, les autorités appliquent depuis juin 2021, un système de taxe flottante fonctionnant sur une base hebdomadaire qui a rendu la céréale plus coûteuse. Selon l’USDA, le prélèvement des autorités est ainsi passé de 28 $ par tonne durant sa première semaine d’application à 98 $ par tonne entre le 12 et le 18 janvier dernier.

Ces différentes tendances ont déjà conduit plusieurs marchés clés de la Russie comme l’Egypte à s’orienter de plus en plus vers des origines comme l’Ukraine et l’UE.

Dans un tel contexte, certains indiquent déjà que l’objectif d’exportation de 1 million de tonnes de blé vers l’Algérie d’ici juin prochain, affiché par l’industrie russe pourrait être très difficile à réaliser. 

Réagissez à cet article

Vos commentaires

Rejoignez la discussion

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.